Élève de Ribera à Naples, Luca Giordano devient l’un des peintres italiens les plus éclectiques et les plus prolifiques de son siècle, à la faveur d’une carrière itinérante qui l’a conduit dans tous les grands centres artistiques de la Péninsule, et au-delà. Après une première période naturaliste sous l’influence du Spagnoletto, Giordano quitte Naples, vers 1652, pour un voyage vers le nord de l’Italie au cours duquel il découvre les grands maîtres du siècle passé, à Rome, Florence, Parme et Venise. S’il a étudié et assimilé Michel-Ange, Raphaël, les Carrache, Caravage, Corrège, c’est Véronèse et l’école vénitienne qui infléchissent le plus immédiatement son style: son coloris se diversifie, sa matière s’allège, ses ombres gagnent en transparence. Dans les années 1670 l’exemple de Pierre de Cortone à Rome donne une direction nouvelle à son art en développant son invention dans le champ fertile de la peinture décorative, où il explore avec bonheur les possibilités chromatiques de la fresque: décors plafonnants du palazzo Medici-Riccardi à Florence (1682), puis des Marchands chassés du temple de l’église des Gerolamini à Naples (1684), fondent sa renommée internationale. En 1692, il répond à l’invitation de Charles II d’Espagne à décorer ses résidences royales ; durant les dix années qu’il restera il réalisera une impressionnante suite de décors au palais royal de Madrid, à l’Escurial, au Buen Retiro, à Aranjuez, et pour des ordres religieux. De retour à Naples en 1703, sa dernière grande oeuvre pour la ville, qu’il aura servie toute sa vie, sera le plafond de la salle du Trésor de la chartreuse San Martino. Sa prodigieuse fécondité lui a valu le surnom de « Luca Fa presto ».

Dès ses débuts Giordano se signale comme un esprit original, revendiquant son statut intellectuel au travers d’autoportraits en alchimiste, en philosophe cynique ou stoïcien. Manifestant un sens précoce de l’autopromotion, le peintre se représente aussi en saint Luc peignant la Vierge dans un prototype aujourd’hui perdu, à propos duquel la tradition rapporte qu’il avait pris sa femme et son fils pour modèles de la Vierge à l’Enfant1. Connue par une répétition conservée au Museo de Arte de Ponce à Porto Rico, cette composition donna lieu à une seconde version ayant pour seule différence la tête de vénérable vieillard de l’Évangéliste. Notre petite toile inédite est en rapport direct avec cette oeuvre provenant des collections Farnese de Capodimonte, acquise par Dufourny pour le musée Napoléon en 1802 et déposée au musée des Beaux-Arts de Lyon depuis 1911 (ill. 1)2. Elle a le format et le degré de fini d’un modello de présentation, avec cette différence que le peintre introduira plus d’espace entre le saint et son modèle, dilatant la composition en largeur. Le toucher nerveux des visages et des mains des deux protagonistes, la douceur de l’expression de la Vierge, plus sensible que dans celle plus figée du tableau définitif, sont distinctifs du talent de Fa presto. (M.K.)

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