C’est le second volet d’un programme consacré au genre du paysage. Après Vedute, double exposition de paysages anciens et contemporains réalisée en collaboration avec l’URDLA – Centre international Estampe & Livre, la galerie propose un florilège de peintures et de dessins du XVIIe au début du XXe siècle. Le Nord et le Sud, le jour et la nuit, le proche et le lointain, le caprice et le réel, la nature naturante et la nature naturée : les pôles qui magnétisent la création du paysage se déclinent dans une sélection d’œuvres souvent inédites.

L’exposition n’a pas la prétention de raconter une histoire – chaque œuvre propose la sienne. Mais il est vrai néanmoins que la sélection fait la part belle au dix-neuvième siècle. La raison est à chercher notamment dans l’école lyonnaise – l’un des domaines privilégiés par la galerie – qui, de Grobon à Ravier, et dans les limites d’un territoire riche en ressources pittoresques (Bugey, Bresse, Dauphiné, Forez, Velay), a contribué à repousser les frontières picturales de ce genre. Mais la prédominance de ce siècle s’explique aussi par les découvertes, nombreuses comparées à celles qu’offrent les périodes plus anciennes, qu’il réserve toujours à l’amateur : il est encore possible aujourd’hui d’être surpris et, pour reprendre une exigence stendhalienne à l’égard de la peinture, d’« apprendre quelque chose de nouveau » dans ce siècle prolixe en artistes, dont beaucoup échappent encore au savoir consacré de nos musées. Les romantiques du Nord, qui appartiennent à cette catégorie, ont par exemple donné à la lumière des couleurs qu’on ne lui avait jamais vu.

Malgré son caractère inévitablement lacunaire, cette réunion d’œuvres récoltées au gré du hasard (et parfois acquises à force d’obstination), permet de suivre l’évolution des enjeux qui traversent ces trois siècles de création. On observera au fil de ce parcours la manifestation du génie glisser progressivement d’un lieu mental – édifiant ou capricieux – vers un lieu sensoriel, incarnant une réalité cosmique plus grande que nature. Au point de bascule entre ces deux approches, une œuvre unique de Hubert Robert dont la nostalgie, couplée à l’aspiration vers l’infini, relie l’ancienne tradition classique (Lorrain) à la modernité romantique (Friedrich). Nous souhaitons au spectateur d’éprouver dans cet horizon autant de plaisir que nous en avons eu à le découvrir.

 

Mehdi Korchane

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