C’est par son étroite collaboration avec Christoffer Wilhelm Eckersberg (1783-1853), grand maître de la peinture danoise de la première moitié du XIXe siècle, que Carl Dahl s’est fait un nom. Élève de l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague à partir de 1837, il copie pendant presque cinq ans des modèles en plâtre pour étudier l’anatomie et les proportions, tout en se spécialisant rapidement dans la peinture de marines, en suivant l’enseignement du paysagiste Jens Peter Møller. En 1840, il visite Lisbonne et réalise une vue de la ville immédiatement acquise par le Musée royal portugais. Entre 1842 et 1848, il enseigne la perspective à l’Académie royale et collabore régulièrement avec Eckersberg : il assimile très rapidement son style et le remplace même pour l’exécution des travaux de précision lorsque la vue du maître de l’Âge d’or danois décline vers 1850. Carl Dahl remporte le prestigieux prix Neuhausen et obtient une bourse de voyage délivrée par l’Académie qui lui permet de découvrir les bords de la Méditerranée pendant trois ans (1853-1855). Plus tard, il séjournera en Norvège (1861) et dans les îles Féroé (1862).

Contrairement à ses nombreuses marines, extrêmement finies, qui présentent des vaisseaux semblant pris dans un paysage suspendu où le temps s’est arrêté, notre vue méditerranéenne des environs de Marseille, peut-être du port de L’Estaque, est saisie sur le vif, baignée par la lumière du soir et structurée autour d’effets atmosphériques. Nils Carl Dahl opte pour une composition assez simple et classique, superposition de trois bandes parallèles, la mer, le groupe de maisons et de fabriques, puis le ciel et les montagnes. Il utilise une palette proche de ses vues de bord de mer scandinaves, des couleurs tranchées, le rouge brique pour les toitures, le bleu pour l’eau et le ciel, le tout imprégné d’une lumière limpide et transparente. Dahl exploite les qualités du support, le papier, qui sèche très vite, pour brosser avec une certaine liberté et une économie de moyens remarquable les reflets de la berge sur l’eau et les masses nuageuses en mouvement. Ainsi, il réserve aux parties architecturées de son motif les innombrables détails qu’il s’applique à figurer – murs décrépis, volets irréguliers, diversité des textures et des couleurs des murs aveugles – avec quelques très beaux effets de réel. L’articulation parfaitement étudiée des bâtisses, dans une diagonale de gauche à droite, rappelle la maîtrise des effets perspectifs de Dahl, qui parvient à faire glisser le regard des plus longues constructions du premier plan aux maisons d’habitation imbriquées au loin. (G.P.)

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