• ill. 1. Giovanni Paolo Panini, Caprice avec un bourg fortifié dans le lointain, vers 1711. Huile sur toile, 27,5 x 30,5 cm. Plaisance, Galleria d’arte Vicolo del Pavone.

Chaînon capital entre Gaspard Vanvitelli, inventeur du genre de la vue urbaine, et Hubert Robert, Giovanni Paolo Panini domine le marché de la peinture décorative à Rome dans le second quart du XVIIIe siècle. Né à Plaisance, il abandonne bien vite la carrière cléricale à laquelle sa famille le destinait dans sa jeunesse pour la peinture. Il étudie auprès des grands peintres de perspective établis dans la cité que sont Ferdinando Galli Bibiena et Giovanni Battista Galluzzi, avant de se rendre à Rome en novembre 1711. Durant les années qui suivent, il puise son inspiration dans les modèles de Van Bloemen, Locatelli et Vanvitelli, principaux protagonistes du genre qu’il s’est choisi, mais devient également excellent peintre de figure grâce aux leçons de Benedetto Luti, dans l’académie duquel il étudie en 1717-1718. Ses compétences sont d’ailleurs suffisamment estimées pour qu’il soit reçu membre de la Congregazione dei Virtuosi al Pantheon (académie pontificale des arts et lettres), en octobre 1718, puis à l’Accademia di San Luca, au début de 1719, sur la présentation d’un morceau de réception représentant Alexandre visitant le tombeau d’Achille. Son amitié avec Nicolas Vleughels, directeur de l’Académie de France à Rome à partir de 1724, et plus tard son beau-frère, donne une impulsion décisive à sa carrière en l’introduisant auprès de l’ambassade de France, dont il devient le peintre attitré. Il est reçu membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1732, honneur rarement accordé à un artiste étranger, et dirige la classe de perspective de l’Académie de France. De fait, si ses peintures rayonneront dans toute l’Europe, c’est sur les
peintres d’architecture et les paysagistes français que son influence sera la plus grande.

 

Le Prédicateur parmi des ruines est un témoignage précoce et inédit de l’invention de caprices par le jeune Placentin tout juste arrivé à Rome, ou sur le point de s’y installer. Le catalogue raisonné de son oeuvre peint donne en effet une idée assez précise de cette première production encore fortement marquée par les décors des grands quadraturisti que Panini a étudiés dans sa ville natale1. Semblable à d’autres petits tableaux de cabinet tant par la composition, la facture que par la palette (ill. 1), notre toile trahit l’influence des modèles de Ghisolfi dans la perspective de la colonnade et dans la manière de dessiner distinctement le décor des chapiteaux. Plusieurs éléments sont cependant déjà propres au langage que le peintre développera avec virtuosité, telles les couleurs différenciées des monuments : dans ses premières oeuvres Panini aime introduire un élément décoratif violacé – vase ou sarcophage. L’idée de l’accumulation anarchique des architectures est également présente, ainsi que celle de la végétation rongeant les ruines – les arcatures « végétalisées » de l’arrière-plan ont leur équivalent monumental dans la Prédication d’un apôtre de l’ancienne collection De Zwingelstein2. Le thème de la prédication au milieu des ruines sera par ailleurs l’un de ceux qu’il répétera avec la plus grande constance. (M.K.)

 

 

 

1. Voir Fernando Arisi, Gian Paolo Panini e i fasti della Roma del’700, Rome, 1986.
2. Fernando Arisi, Gian Paolo Panini, Soncino, 1991, n° 1, p. 32.

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