• ill. 1. Arthur George Walker, The Necromancer: Cleopatra and the Priest Harmachis, vers 1926. Marbre, 60,9 x 41,9 x 55,9 cm. Londres, The Royal Academy.

Dans son volume sur les sculpteurs contemporains paru en 1921, Kineton Parkes classait Arthur George Walker dans la catégorie des Anglais indépendants : « Il y a des sculpteurs d’aujourd’hui et du passé immédiat qui ne reconnaissent aucune influence et qui, de plus, déplorent la formation qu’ils ont reçue: des hommes isolés et séparés de tous les groupes, écoles et associations. Parfois, leur travail est si individuel qu’il rend cet isolement nécessaire, parfois il est plus ou moins conforme au travail des académies et ressemble nettement aux produits des écoles. Pourtant, ces artistes, dotés d’une personna­lité individualiste et égoïste fortement développée, semblent se différencier de leurs collègues artistes et former une classe hétérogène qui leur est propre. C’est le cas de Stirling Lee, Arthur Walker, Jacob Epstein, John Tweed et Havard Thomas, pour n’en nommer que quelques-uns1. »

L’indépendance de Walker tient davantage à son tempérament, à sa manière de conduire sa carrière et à l’étendue de ses talents, qu’à une propension à l’innovation. Son esthétique est dans la continuité de la pratique académique qu’il a assimilée dès son entrée à la Royal Academy comme élève en 1883. Il en deviendra membre associé en 1925, puis membre à part entière en 1936. Il fut, selon Parkes, à la fois maître et esclave de son art, en fit son exclusive raison de vivre – le cas de la fratrie Walker est d’ail­leurs des plus intrigants, les deux frères et la sœur ayant vécu ensemble, avec une tante, sans jamais se marier. Walker est décrit comme un infatigable travailleur, ne négligeant aucune des étapes de ses créations, y compris celles habituellement réser­vées au praticien et au fondeur. Il réalisa de grands ensembles monumentaux comme les œuvres les plus précieuses, travaillant avec une égale virtuosité la pierre, le marbre, l’ivoire, l’argent, l’or et l’ébène.

Mais la sculpture ne fut pas son art exclusif, il fut mosaïste, illustrateur et peintre. The Incantation est un parfait exemple de la perméabilité de ses pra­tiques, car cette œuvre de jeunesse fut transposée en trois dimensions, quelque trente-trois ans après sa création, dans un groupe en marbre nommé The Necromancer : Cleopatra and the Priest Harmachis (ill. 1). Le sujet est tiré d’un roman d’aventure de H. Ridder Haggard, Cleopatra: Being an Account of the Fall and Vengeance of Harmachis, paru en 1889, une oeuvre plus originale sur le plan littéraire que les ouvrages à succès précédents de l’auteur, tels Les Mines du roi Salomon, ou Allan Quatermain. Haggard y dresse le portrait d’une reine décadente – violente, manipulatrice, voluptueuse – que le prêtre Harmachis a pour mission de renverser afin de restaurer la grandeur perdue de l’Égypte. Pour se faire nommer astrologue et magicien en chef de la reine, il lui fit la démonstration de ses talents divinatoires en faisant apparaître sous ses yeux le corps de César criblé de blessures sanglantes. (M.K.)

 

1. Kineton Parkes, Sculpture of To-Day, New York, 1921, I, p. 111, ma traduction.

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