Au moment où le mouvement de la Figuration libre émerge, au seuil des années 1980, rassemblant les oeuvres de Rémi Blanchard, François Boisrond, Hervé Di Rosa ou Robert Combas, le milieu de l’art français n’est absolument pas prêt à admettre cette nouvelle peinture narrative, avec ses personnages et ses actions. Comme le rappelle Philippe Dagen dans un récent essai consacré à Robert Combas, « la création artistique de cette période, du moins telle qu’elle est alors montrée et promue par galeries, critiques et institutions en France, est très éloignée de la notion de sujet et de celles qui l’accompagnent : la narration, les jeux de symboles et de mythes, la psychologie des caractères et la représentation de la vie1. » La scène artistique est dominée par la queue de comètes des avant-gardes, BMTP ou Supports-Surfaces, par des formes épurées, minimalistes, et un éclatement de l’idée même de peinture.

Né à Lyon en 1957, puis attaché à la ville de Sète durant ses années de formation, Robert Combas jouit aujourd’hui d’une extraordinaire reconnaissance tant auprès des collectionneurs que des institutions et compte parmi les artistes français les plus influents au monde. Diplômé des Beaux-Arts de Saint-Étienne en 1979, Bernard Ceysson, alors directeur du Musée d’art moderne et membre de son jury, l’invite à participer à l’exposition Après le classicisme l’année suivante. Le véritable acte de fondation de la Figuration libre est l’exposition Finir en beauté organisée en 1981 par le critique d’art Bernard Lamarche-Vadel, dans l’appartement qu’il était en train de quitter. En 1984, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris donne une nouvelle visibilité à cette mouvance en confrontant les graffitistes new-yorkais (Basquiat, Crash, Haring) au groupe français. Le style extrêmement singulier de Combas, reconnaissable au premier coup d’oeil, marqué par l’usage de couleurs tranchées, de figures cernées et d’un remplissage total de l’espace pictural, lui a permis de reconsidérer l’histoire de l’art et les genres codifiés de la peinture, en réduisant l’écart entre basse et haute culture, entre l’expression de la rue et celle des musées. Le filtre particulièrement inventif du « style Combas » s’appliquant à la peinture d’histoire ou religieuse, à la mythologie, aux natures mortes ou au paysage… Sa passion pour la musique, et tout particulièrement pour le rock – il possède une collection de disques vinyles remarquable –, est très certainement le dénominateur commun qui donne une unité à son approche encyclopédique de notre culture visuelle.

Comme il le fait pour de nombreuses oeuvres, Robert Combas a écrit un court texte à teneur poétique, très ironique, sur le thème du dessin Pulsion de mort : « Pulsion de mort / La tête se tord / Pulsion de mort / Ton sexe dort / Pulsion de mort / Tu pars babord / Pulsion de mort / Tu sens le Roquefort. » Daté de 1992, ce pastel gras compte parmi les oeuvres très structurées, associant des motifs hiératiques, frontaux, puis des sujets de profil. Comme son titre l’explicite, Combas met en scène la tension ou le duel entre Éros, la pulsion de vie, et Thanatos, la pulsion de mort. Ce concept a été introduit par Sigmund Freud dans Au-delà du principe de plaisir (1920). La pulsion de mort est d’abord tournée vers l’intérieur, tend à l’autodestruction, avant de se diriger à l’extérieur et de se manifester par l’agression et la destruction de l’autre. Robert Combas flanque le visage central de cette vanité contemporaine de deux silhouettes féminines à l’allure massive et sculpturale. Les symboles macabres traditionnels des vanités sont réunis – oursin bleu, crâne et ossements –, fichés dans la boîte crânienne. (G.P.)

 

 

 

 

 

1. Philippe Dagen, « Histoires de Robert le diable », Robert Combas, les années 80 & 90, cat. exp., Monaco, Grimaldi Forum, 2016, p. 4.

 

 

 

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