Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Pont-Aven devient le port d’attache de peintres désireux de bouleverser les théories artistiques héritées de l’académisme. L’aventure commence en 1861 avec sept artistes américains, qui, refusés à l’École des beaux-arts de Paris, partent pour le bourg breton. Logeant à l’Hôtel des Voyageurs, ils en font leur résidence d’été, parfois même d’hiver. Ils y attirent aussi d’autres peintres anglo-saxons, tout autant à la recherche d’exotisme que de motifs à peindre. Parmi eux, Eric Forbes-Robertson, fils d’un critique d’art très lié au milieu culturel londonien. Né à Londres en 1865, il est le cadet d’une famille d’artistes, ses deux soeurs étant peintres et son frère comédien. Entré en 1883 à la Royal Academy, il va étudier à Paris à l’académie Julian en avril 1885. Il y rencontre deux compatriotes, Robert Bevan et James Henry Donaldson. Dès l’été suivant, les trois artistes se rendent à Pont-Aven. Forbes-Robertson y séjournera plusieurs années, se liant d’amitié avec les principaux membres du cercle de Pont-Aven : Sérusier, Ballin, Gauguin, Émile Bernard, et l’écrivain Alfred Jarry, dont il dessinera un portrait. En référence à ses racines britanniques, il reçoit le surnom de John le Celte. Armand Seguin réalise son portrait, de même qu’Émile Bernard en 1892 et Paul Gauguin qui le dessinera, deux ans plus tard, affublé d’un béret. Avec eux, il présente deux tableaux chez Le Barc de Boutteville, à Paris, lors de l’exposition des impressionnistes et des symbolistes. Adhérant avec enthousiasme au synthétisme, Eric Forbes-Robertson use de couleurs pures, de raccourcis audacieux et de mises en pages originales. S’il a rempli cinq carnets de dessins, aujourd’hui conservés au Victoria and Albert Museum, il aime peindre sur le motif des paysages souvent travaillés en touches divisionnistes. Il reprendra à son compte la simplification des formes chère à l’école de Pont-Aven.

 

En 1891, lors de la deuxième année de son séjour à Pont-Aven, le peintre envoie deux études de Bretonnes à la Royal Society of British Artists. Il est possible que notre portrait soit l’une des deux, l’autre étant connue pour avoir été exposée au musée de Pont-Aven en 20041. Bien que l’artiste n’ait pas encore développé une approche symboliste ni la technique divisionniste de ses grandes compositions bretonnes, ce portrait n’a rien d’académique. Il est d’une grande simplicité. On y retrouve la coiffe bretonne typique de Pont-Aven, avec ses deux anses en dentelle, et sa large collerette plissée. L’accidentel et l’anecdotique sont éliminés, pour transcrire l’essentiel à la manière synthétiste. L’économie des moyens et la réduction de la palette à quelques tons mettent en valeur la beauté délicate de la jeune fille. Admirable de réalisme et d’émotion retenue, cette peinture sur panneau développe un subtil camaïeu de gris. La jeune fille au regard mystérieux semble plongée dans ses pensées, comme absorbée par une vision intérieure. La sobriété de ce portrait en noir et blanc, à peine égayé par le rosé des joues, donne à cette figure une présence singulière. (P.R.)

 

 

1. Catherine Puget (dir.), Peintres britanniques en Bretagne, cat. exp. Pont-Aven, musée, 2004, p. 56-59, cat. 15.

 

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