Giorgio Vasari n’introduit la biographie de Paris Bordone dans ses fameuses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes que dans la seconde édition de 1568, après avoir rencontré le peintre vénitien deux ans plus tôt. Dès 1518, Bordone est cité par plusieurs sources comme peintre actif à Venise. Il effectue son apprentissage au contact de Titien et de Giorgione : la manière de ce dernier joua un rôle particulièrement important dans l’élaboration de son propre style. Vasari rapporte à ce propos : « Il regrettait infiniment la mort de Giorgione dont le style lui plaisait beaucoup, et qui avait la réputation d’enseigner bien volontier et avec amour son savoir. […] il se mit en tête d’étudier ses oeuvres et de les copier, en sorte qu’il acquit bientôt une solide réputation1. » Paris Bordone retient de son enseignement l’unité chromatique entre les figures et le paysage.

Au début des années 1530, la palette de Bordone devient plus froide et ses compositions tendent à être plus complexes et dynamiques : il voyage beaucoup et répond à de nombreuses commandes dans le Nord de l’Italie (Trévise, Milan…), mais également en Europe, puisqu’il travaille au service des Fugger, famille de banquiers installée à Augsburg, dans le Sud de l’Allemagne, puis sans doute en France autour de 1538 à la cour de François 1er, à Fontainebleau. Nous ne conservons toutefois que très peu de documents ou d’oeuvres de ces voyages.

Ses oeuvres n’étant quasiment jamais datées ou signées, elles ont longtemps fait l’objet de spéculation quant à leur attribution. L’un des chefsd’oeuvre conservés à l’Académie de Venise, La Remise de l’anneau au doge, qui a certainement été commandé en 1533-1535 pour la Scuola Grande di San Marco (exécuté vers 1545), est représentatif des grandes compositions religieuses ou mythologiques dans lesquelles Bordone déploie de remarquables architectures inspirées par Serlio et multiplie des perspectives compliquées appréciées par les peintres maniéristes.

Toutefois, Paris Bordone est également un excellent portraitiste. Avant tout connu pour ses portraits mondains de belles Vénitiennes et d’amants enlacés, il a également peint des figures masculines en synthétisant le goût vénitien pour les carnations douces et sensuelles. Notre Portrait d’un homme barbu compte parmi les plus beaux exemples de portraits de la maturité. Proche par l’attitude et l’allure du modèle du célèbre portrait de Jérôme Craft (1540) conservé au musée du Louvre, notre peinture est davantage resserrée sur le visage et limite le décor à quelques détails, selon une formule récurrente dans ses portraits : une frise en stuc ornementée de motifs végétaux sur une paroi en marbre traitée en trompe-l’oeil. Une réplique d’un format légèrement différent, au cadrage encore plus serré, a circulé sur le marché de l’art au début de l’année 2012. Peter Humphrey avait alors confirmé l’attribution à Paris Bordone et avait proposé de la dater en 1550, tandis qu’Andrea Donati la cataloguait comme copie réduite2.

Le caractère de douceur émanant de la physionomie du modèle est sublimé par le colorito qui harmonise admirablement les tons de la fourrure fauve, de la barbe rousse, et des carnations délicatement rosées. La tension entre l’émotion dégagée par la mélancolie du jeune homme et la délectation générée par les effets de matière est une éloquente démonstration du pouvoir de séduction de la peinture de Paris Bordone. (G.P.)

 

 

1. Giorgio Vasari, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, sous la dir. d’André Chastel, rééd. Actes Sud, 2005, II, livre X, p. 38.
2. Donati, 2014, p. 379, a relevé la confusion faite par Humphrey, qui attribuait l’historique de notre tableau à la version vendue par Sotheby’s.

 

 

 

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