Elève de Carle Van Loo à l’École des élèves protégés, Louis Lagrenée rejoint l’Académie de France à Rome en 1750. On conserve de ce séjour une copie d’après la fresque de Dominiquin représentant Sainte Cécile distribuant ses biens aux pauvres à Saint-Louis-des-Français (1753, Grenoble, musée des Beaux-Arts) qui éclaire sur les modèles que s’est choisi l’artiste. L’expressivité narrative, la limpidité du dessin et l’élégance classique des figures féminines du maîtres bolonais sont des caractéristiques qui imprégneront durablement le style de Lagrenée. 

À son retour en 1754 Lagrenée connaît un succès immédiat. Il est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture l’année suivante, occupe le poste de premier peintre de l’impératrice de Russie de 1760 à 1762, est directeur de l’Académie de France de 1781 à 1785, et compte, sur une carrière de plus d’un demi-siècle, une quantité de collectionneurs de premier plan (D’Angiviller, Du Barry, Mme Geoffrin, La Live de Jully, Laborde, etc.). Diderot qui est du nombre a encensé l’artiste pour la perfection de son métier : « il a le dessin, la couleur, la chair, l’expression, les plus belles draperies, les plus beaux caractères de tête, tout excepté la verve. Ô le grand peintre, si l’humeur lui vient ! Ses compositions sont simples, ses actions vraies, sa couleur belle et solide ; c’est toujours d’après la nature qu’il travaille » (Salon de 1765). Mais le critique attendra en vain une « humeur » qui n’est pas dans le caractère du peintre, et finira par juger avec froideur un artiste qui encline à une simplicité toujours plus grande.

Si le vieux Lagrenée est resté en retrait de la scène publique durant les premières années de la Révolution, le chaos institutionnel et la concurrence de la jeune génération n’a en rien entamé sa prolixité : il n’envoie pas moins de seize tableaux au Salon de 1795, en tête desquels figure l’esquisse d’Olympias. Le livret formule ainsi ce sujet emprunté à l’Histoire romaine de Rollin (VII) : « Cassandre fils d’Antipater, tenant la Régence pour les enfants d’Alexandre, ayant envoyé cent satellites, qui lui étaient dévoués, pour tuer Olimpias, femme [sic pour mère] d’Alexandre. Ceux-ci furent si frappés de l’air auguste et majestueux de cette princesse, qu’ils se retirèrent, sans oser exécuter cet ordre sanguinaire. »

Rare tableau tragique dans une œuvre dominée par les sujets de la Fable et les allégories poétiques, Olympias illustre bien la conversion progressive de l’artiste au courant néo-poussiniste des années 1780. Le sujet d’inspiration post-thermidorienne parle à un public désormais plus accessible au sentiment qu’à l’idéologie, et en qui le sort d’une reine menacée de mort peut trouver un écho. Mais la portée morale de l’histoire ne réside pas seulement dans la dignité de son héroïne, elle découle aussi de son caractère et de son sort. Car la mère d’Alexandre fut une reine sanguinaire qui périt de s’être fait trop d’ennemis. Olympias n’est donc pas un exemplum virtutis, son sujet ambivalent conserve l’amertume des années de Terreur (M.K.)

 

1 Caylus à Lagrenée, 12 janvier 1751, cité par Marc Sandoz, Les Lagrenée. I. – Louis (Jean, François) Lagrenée 1725-1805, Paris, 1983, p. 54.

Réduire

Lire la suite

Fiche de l'artiste

Autres oeuvres

Imprimer


Autres oeuvres de cet artiste