Disciple de Bartolomeo Arbotori (1594-1676), Felice Boselli s’est rapidement affirmé comme une personnalité artistique forte, et a su conquérir une clientèle riche, principalement à Parme et à Plaisance. Sa production, très vaste, en témoigne. Son talent de peintre de nature morte était alors très prisé. La première oeuvre répertoriée de sa main est une nature morte aux oiseaux, signée et datée de 1680. Il créa dès 1681 des séries de natures mortes pour les salles du château de Fontanellato et décora un théâtre pour le comte de Sanvitale, qui fut son protecteur. Il semble que Boselli ait été plutôt attiré par la vie des domestiques et leur monde, que par les fastes du château de son mécène. Les scènes d’intérieur de cuisine ou de cellier viennent toutefois rappeler l’opulence qui entourait la vie du comte de Sanvitale, grâce aux activités de pêche, de chasse et d’agriculture. La figure humaine disparaît progressivement de ses peintures au tournant du siècle, pour laisser entièrement la place à la nature morte où se côtoient, dans un dynamisme remarquable, coquillages, pièces de boucher, volatiles, animaux divers, vivants ou morts.

Les reproductions gravées des étals de boucher d’un Pieter Aertsen ou de scènes de marché d’un Joachim Beuckelaer, à l’origine même du genre auquel Boselli s’est consacré, étaient alors très répandues en Italie du Nord. La carcasse de porc, le boeuf écorché, la tête de mouton étaient autant d’éléments qui permettaient au peintre de montrer son brio, tout en donnant un aspect métaphysique à son oeuvre, celui de la vanité. Toutefois, si Boselli appréciait ces scènes carnassières, il aura préféré se consacrer aux poissons et aux volatiles, dont l’aspect, moins macabre, s’accordait plus sereinement aux compositions qu’il imaginait.

D’après Giulia Palloni1, notre tableau se situerait vraisemblablement avant Le Repas gras (conservé à la Banca di Piacenza) et Le Repas maigre (Cassa di
Risparmio), car on sent encore l’influence d’Arbotori. Ce serait donc un tableau de jeunesse, comme programmatique. Le choix des légumes (choux, cardons, piments, betteraves, oignons, navets, radis noirs) et du gibier (canards, poulets, faisan, bécasse) annonce une ambiance automnale, renforcée par la présence de teintes cuivrées d’un bassin au sommet de la toile. Cette oeuvre faisait-elle partie d’un ensemble articulé autour des quatre saisons ? Nous ne pourrions l’affirmer. La déclinaison très organisée des éléments, la mise en scène verticale sur trois niveaux (complétée par la barre à crochet, hors champ dans l’espace supérieur, qui permet de positionner les volailles suspendues), le plan resserré sans arrière-cour et sans ouverture sur l’extérieur ni présence humaine: tout indique que Boselli avait dès lors trouvé son mode opératoire, son affection pour un genre précis de composition qu’il rejouera tout au long de sa carrière. Chaque élément existe dans sa lumière propre, dans son autonomie, dans une clarté qui confine à l’exercice de style. La présence du chat et de l’oiseau dans le registre supérieur apporte une touche de vie espiègle, en attente: un topos des vanités, où le vivant côtoie le mort avec appétit, intérêt ou incrédulité. (P.R.)

 

 

 

1. Giulia Palloni, dans D. Benati (dir.), Quadri da stanza. Dipinti emiliani dal XVI al XIX secolo, cat. exp. Bologne, Galleria Fondantico, 2014, p. 82.

Réduire

Lire la suite

Fiche de l'artiste

Autres oeuvres

Imprimer


Autres oeuvres de cet artiste