• Ill. 1 : Noël Le Mire d'après Charles Lacroix, Vue du mont Vésuve tel qu'il était en 1757, 1762, eau-forte et burin, 35 x 45,5 cm (cuvette), Genève, Cabinet d'arts graphiques des musées d'Art et d'Histoire.

On est un peu mieux renseigné aujourd’hui, grâce aux recherches de Jean-Luc Ryaux, sur cet artiste que les biographies ont longtemps fait naître à Marseille en 1700, et mourir à Berlin en 1782 par confusion avec le portraitiste Pierre Frederick de La Croix. Plus probablement né vers 1730, Lacroix est apparenté par sa mère aux Chéron, famille d’artistes parisiens dont les plus célèbres sont les peintres Louis (1660-1725) et Élisabeth-Sophie (1648-1711), cette dernière, par ailleurs membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture et poétesse, étant la tante ou la grand-tante de Lacroix1. Son père, établi à Marseille, appartenait à une famille de tapissiers de basse lice venus des Flandres, comme l’indique leur patronyme originel de Van der Cruse, et employés aux Gobelins. Parti en Italie à une date inconnue, Charles-François y aurait rencontré Joseph Vernet – ce dernier y séjourne de 1734 à 1753 – qui aurait fait de lui son élève. L’identification du jeune Marseillais avec un dénommé Grenier de Lacroix, élève de Vernet actif en Italie et signant sous ce nom jusqu’au début des années 1760, n’est pas établie par les archives, mais la parenté des compositions signées « Grenier » ou « Lacroix » laisse supposer qu’il s’agit d’un seul et même artiste. L’imitation du style et des compositions de Vernet lui assure, à ses débuts, un succès certain en Italie après le départ du maître, comme en témoignent les commandes de décor qu’il y reçoit. De retour en France vers 1770, d’abord à Nîmes et à Avignon, il s’établit à Paris en 1777, exposant épisodiquement dans les Salons du Colisée et de la Correspondance, et plus régulièrement dans les provinces du sud de la France, sans jamais chercher, semble-t-il, l’agrément de quelque académie que ce soit.

Quoique de faibles proportions, Le Vésuve en éruption est l’un des grands succès de Lacroix, comme en témoignent les différentes versions qu’il en a exécuté. L’oeuvre a pour modèle une composition signée « Grenier de La Croix » connue par une gravure de Le Mire datée de 1762 (ill. 1). L’activité du Volcan, particulièrement intense entre 1754 et 1759, en a fait une attraction majeure du Grand Tour et, par là même, un sujet pittoresque particulièrement recherché des voyageurs. L’intérêt commercial du sujet explique que le peintre ait exploité tout au long de sa vie sa composition originelle, fruit d’une étude sur le motif, la répliquant toujours avec des variantes pour en individualiser chaque exemplaire2. Notre panneau combine ainsi tous les contrastes dont se délectent les amateurs : l’opposition de la lumière rouge de la lave à l’éclat bleuté du croissant de lune, des eaux calmes de la baie à l’activité menaçante de la montagne, toute notion de danger étant neutralisée par l’indifférence des pêcheurs qui animent le premier plan, et par l’attitude contemplative des comparses assis à gauche. (M.K.)

 

 

 

 

1. Les éléments biographiques de cette notice sont empruntés à Jean-Luc Ryaux, « Un suiveur méconnu de Joseph Vernet : Grenier de Lacroix ou Lacroix de Marseille ? », dans Tivoli. Variations sur un paysage au XVIIIe siècle, cat. exp. Paris, musée Cognac-Jay, 2010-2011, p. 58-61.
2. Voir par exemple celui de la vente de Lempertz, 16 mai 2015, lot 1134, huile sur toile, 34,7 x 43,7 cm, daté de 1758, et celui de la galerie Jean-François Heim, huile sur toile, 28 x 41 cm, daté de 1770.

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