• ill. 1. Francesco Primaticcio (ou d’après), Mars et Vénus au bain. Plume, encre brune, lavis brun, rehauts de blanc, 22,2 x 38,7 cm. Paris, musée du Louvre.

    ill. 2. Giulio Romano, Le Bain de Vénus et Adonis. Fresque. Mantoue, palais du Te.

Attiré dans sa jeunesse par le bouillonnement des idées révolutionnaires et mû par un tempérament insoumis, Hennequin connaît un début de carrière pour le moins tourmenté. Après une formation à l’École de dessin de Lyon sous la direction de Donatien Nonotte et d’Eberhard Cogell, il rejoint l’atelier que David vient d’ouvrir à Paris à la fin de 1780, mais il en est chassé l’année suivante à la suite d’un vol de couleurs dénoncé par son condisciple Wicar. À Rome de 1784 à 1789, il est poursuivi par la police papale en raison de ses activités maçonniques, aggravées par ses contacts avec le sulfureux comte de Cagliostro. Réfugié à Lyon, il participe activement à la Révolution aux côtés des Jacobins, mais doit fuir la Terreur blanche après le 9 thermidor. De retour à Paris en 1796, il est condamné à la prison à vie pour son implication
dans la tentative de soulèvement du Camp de Grenelle, dernier épisode de la Conjuration des Égaux visant à renverser le Directoire, puis est relaxé en février 1797. En 1799, il remporte un succès d’estime plus politique que public au Salon avec une allégorie monumentale du Dix août, célébrant la chute de la monarchie (détruite en 1820 ; fragments aux musées d’Angers, Caen, Le Mans, Rouen), financée par le gouvernement néojacobin et distinguée par un premier prix de l’Institut. La critique réserve un accueil plus favorable à ses Remords d’Oreste au Salon de 1800, composition énergique de grande envergure figurant Oreste poursuivi par les Furies après le meurtre de Clytemnestre (Paris, musée du Louvre), représentative du romantisme des classiques. Hennequin ne parvient cependant pas à s’imposer face aux talents plus virtuoses de sa génération et, désespérant de se faire une place en France, se rend en Belgique en 1809, peinant à vivre de son art jusqu’à ce qu’il s’établisse à Tournai, en 1821.

Après l’affaire du Camp de Grenelle, Hennequin a cessé tout activisme politique pour s’occuper de ses intérêts et lancer sa carrière au Salon. Révélateurs de cette préoccupation, les dessins mythologiques qu’il réalise à cette date témoignent de sa volonté de répondre au goût de la clientèle du Directoire. Préparé par plusieurs feuilles représentant différents épisodes de l’histoire des deux héros troyens, Pâris s’arrachant des bras d’Hélène pour aller combattre Ménélas, exposé au Salon de 1798 (non localisé), est le résultat de ses recherches dans le genre gracieux. Le Bain de Vénus est, avec Homère récitant ses vers (Paris, musée du Louvre), la plus importante composition dessinée de ces années et la seule véritablement érotique. Quoique l’inclination de l’artiste pour les allégories hermétiques ait découragé les tentatives d’identification du sujet, celui-ci est cependant peu équivoque et doit être rapproché d’une iconographie en faveur au temps du maniérisme, celle du bain de Vénus en compagnie de Mars ou d’Adonis. Le Primatice a représenté les deux premiers dans une composition disparue probablement destinée jadis à l’appartement des Bains du château de Fontainebleau et dont un dessin gravé par Antonio Fantuzzi garde le souvenir : elle montre la déesse, coiffée comme celle d’Hennequin d’un turban qui accuse sa trivialité, pénétrant dans la baignoire de Mars (ill. 1). Vénus et Adonis au bain est l’un des sujets peints par Giulio Romano dans la chambre d’Amour et Psyché du palais du Te à Mantoue (ill. 2). Comme dans cette représentation, Hennequin a multiplié les amours préparant les ébats des deux amants.La liberté de la composition surprend chez cet artiste qui n’a nulle par ailleurs manifesté d’intérêt pour les sujets licencieux. Interprétant la fable selon son caprice, le peintre se plaît à inverser les rôles, Vénus dominant de sa hauteur le héros empêtré
dans un drapé serpentin qui le condamne à la passivité. Par ailleurs, rarement le goût de la schématisation anatomique – le trait segmente les corps à l’excès et armure de muscles le nu – ne s’est exprimé de manière aussi énergique sous la plume de l’artiste, prolongeant en cela l’analogie de son disegno avec celui du Cinquecento. (M.K.)

 

 

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