• ill. 1. Jean-Baptiste Siméon Chardin, Les Attributs du peintre, vers 1725. Huile sur toile, 50 x 86 cm. Princeton University Art Museum.

Neveu d’Étienne Jeaurat par son père, petit-fils de Sébastien Leclerc par sa mère, Nicolas Henri Jeaurat de Bertry fait ses premières armes auprès de son oncle Étienne, peintre d’histoire et de genre. Il est agréé et reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture le même jour, le 31 janvier 1756, sur présentation de deux natures mortes, l’une mon­trant divers ustensiles de cuisine, l’autre un trophée militaire1. L’année suivante, il présente au Salon trois compositions représentant des instruments de musique, de guerre et de sciences. En 1761, Jeaurat de Bertry vit à Versailles en tant que pensionnaire de Marie Leczinska jusqu’à la mort de la reine. S’il se distingue avant tout en tant que peintre de « la vie silencieuse », il offre à la Convention en 1794, au terme de sa carrière, une étonnante allégorie révolutionnaire2, puis présente dans deux genres différents un portrait et un paysage au Salon de 1796, lors de sa seconde participation.

Notre composition représente les attributs du peintre, et certainement la palette de l’artiste lui-même. Ce symbole du métier par excellence pourrait être lu comme une véritable affirmation identitaire, au moment où il acquiert la reconnaissance de l’Académie. Comme l’écrit Denis Diderot, « ce que le peintre broie sur sa palette, ce n’est pas de la chair, de la laine, du sang, la lumière du soleil, l’air de l’atmosphère, mais des terres, des sucs de plantes, des calcinés, des pierres broyées, des chaux métalliques… De là la palette particulière, un faire, une technique propre à chaque peintre3. » Cette palette se compose de rouges, d’ocres, de bleus et de bruns qui sont les accords de couleurs de la composition elle-même. Il faut alors songer à l’art magistral de Chardin, dont Jeaurat de Bertry a été l’émule, et plus particulière­ment aux Attributs du peintre peint vers 1725 (ill. 1).

En outre, le cadrage resserré autour d’objets en équilibre instable – le couteau de peintre est sup­porté par l’appuie-main, lui-même soutenu par un pinceau – confère une intimité à la scène comme prise sur le vif, encore renforcée par une touche rapide quoique ferme qui laisse imaginer le geste de la main de l’artiste dans sa quotidienneté. Manifeste d’une filiation artistique, la composition de Jeaurat de Bertry est également un témoignage très per­sonnel sur son métier de peintre. (M.P.)

 

1. Anatole de Montaiglon (éd.), Procès-verbaux de l’Académie royale de peinture et de sculpture 1648-1793, t. VII, 1756-1768, Paris, Charavay Frères, 1886, p. 2-3. Les deux œuvres sont respectivement conservées à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et au musée-château de Fontainebleau (voir Michel et Fabrice Faré, La Vie silencieuse en France. La nature morte au XVIIIe siècle, Paris/Fribourg, Société française du livre/Office du livre, 1976, p. 195-196).
2. Madeleine Delpierre, « Note sur une allégorie révolutionnaire », Bulletin du musée Carnavalet, novembre 1952, p. 8-10.
3. Denis Diderot à propos des tableaux exposés par Jean-Baptiste Deshays au Salon de 1763, cité par Marianne Roland Michel dans Chardin, Paris, 2011 (2e éd.), p. 113.

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