Qu'il peigne sur de très grands formats, déroulé sur le sol de l'atelier, ou sur des feuilles de plus petites dimensions, à sa table, Jean Raine a érigé le papier comme son support de prédilection. Au début des années 1960, il dessine à l'encre noir sur du papier de coupe beige clair d'imposantes figures hybrides en pied, dans une esthétique marquée par le geste et la rapidité d'exécution. Certaines encres sont extrêmement synthétiques et posent simplement les contours des sujets (à rapproche des encres de Karel Appel de 1948). Dans d'autres, plus achevées, les surfaces intérieures sont remplies avec un vocabulaire de taches d'un noir plus ou moins dense. Progressivement, les figures sont plus nombreuses et le papier est quasiment totalement recouvert par des imbrications de têtes et de fragments de corps qui forment des frises compactes. Dans la série "Roue libre", datée de 1970 et dessinée à l'encre de Chine, Jean Raine réalise des variations autour d'une figure se perdant dans les méandres de dessin et dont on ne distingue, le plus souvent, que les yeux ronds. Le référent se dilue dans l'espace jusqu'à recouvrir totalement le papier. D'autres objets, souvent représentés par Jean Raine, comme la roue de bicyclette ou l'échelle, ponctuent cette série de petits formats à rapprocher de l'esprit CoBrA pour ses liens avec le dessin d'enfant. Lorsqu'il entreprend un série, qui peut être induite par une technique et un format, Jean Raine poursuit ses recherches jusqu'à épuiser les possibilités de renouvellement. Chaque ensemble est cohérent en soi, répond à une questionnement précis, mais la succession des séquences de travail ne peut être disposée dans une perspective linéaire et évolutive. L'image du rhizome créant des relations entre des pôles forts pouvant s'influencer mutuellement nous semble à ce titre plus adaptée.

 

En 1961, Jean Raine reste vingt et un jours dans le coma et perd la capacité de percevoir les couleurs pendant quelques années. Il entame ainsi une série de grandes encres sur papier de coupe. Les figures grotesques, les personnages mi zoomorphes, mi anthropomorphes, les masques monstrueux sont issus d'une longue tradition artistique qui débute avec Pieter Bruegel ou Jérôme Bosch et qui court jusqu'à James Ensor. (G.P.)

 

 

 

 

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