• ill. 1. James Pradier, Dessin prépar-atoire pour « L’Ange gardien » de 1842 et La Gimblette. Plume et encre brune sur une esquisse au graphite. Valenciennes, musée des Beaux-Arts, inv. D. 94.5.

Le modèle de statuette d’Ange gardien des enfants de France par James Pradier dérive d’un projet monumental qui n’a pas vu le jour, « Le Génie de la France protégeant le comte de Paris », qui commémore la naissance de Robert Philippe, duc de Chartres, en 1840, aux côtés de son frère Louis-Philippe, comte de Paris, de deux ans son aîné1. La même année, Pradier conçoit une variante avec un seul enfant, l’ange tenant cette fois un luth, qui doit probablement être dédiée au petit comte d’Eu né en 1842. Aucune autre fonte de ce modèle par les frères Susse n’est connue à ce jour. L’année précédente, ces mêmes fondeurs avaient édité une statuette d’une iconographie très proche, un ange gardien assis, un enfant endormi sur ses genoux, pour lequel il existe un contrat et un document de cession de droits. Cependant, la plupart des titres de propriété cédés par Pradier ont été perdus vers 1865 dans le contexte du procès intenté par John Pradier, le fils du sculpteur, à la fonderie Susse2. Un tirage limité et l’absence de documents concernant ce modèle pourraient expliquer qu’aucun autre exemplaire ne soit connu ni signalé.

L’édition de statuettes d’après des modèles de James Pradier a connu un grand succès à partir des années 1830. Son œuvre s’est ainsi diffusée dans les intérieurs d’un public d’amateurs qui découvrait ses marbres au Salon et souhaitait en posséder des répliques. Les sujets profanes ou mythologiques, voire galants, sont les plus célèbres et les plus appréciés. À ce titre, la Sapho est probablement le modèle le plus emblématique3. Cependant, parallèlement, Pradier a également conçu des groupes de sujets contemporains ou religieux. Ainsi, sur un dessin préparatoire, L’Ange gardien voisine avec une esquisse de La Gimblette, petite terre cuite d’après un tableau perdu de Fragonard et connu par l’estampe4 (ill. 1).

Le groupe de L’Ange gardien s’inscrit dans le contexte de la monarchie de Juillet et du goût néo-gothique diffusé par Marie d’Orléans. L’ange, qui n’est pas sans évoquer L’Ange au sourire de la cathédrale de Reims, chef-d’œuvre du XIIIe siècle à mi-chemin du gothique classique et du style Saint-Louis, s’ap­parente à des modèles sculptés par Marie d’Orléans. L’ange du cénotaphe du duc Ferdinand mort acci­dentellement en 1842, réalisé en marbre par Henri de Triqueti d’après un modèle d’Ary Scheffer, le maître de Marie d’Orléans, qui compose avec un ouvrage de son élève défunte, est stylistiquement très proche5.

 

1. Claude Lapaire, James Pradier et la sculpture française de la génération romantique, Milan, 5 Continents Éditions, 2010, cat. 181, p. 313.
2. Douglas Siler (éd.), James Pradier. Correspondance, III (1843-1846), Genève, Droz, p. 6-7, n. 3.
3. À ce sujet, voir Guillaume Garnier, « Pradier et la statuette », dans Statues de chair, sculptures de James Pradier, 1790-1852, Musée d’Art et d’Histoire de Genève, 1985, p. 246-253.
4. C. Lapaire, op. cit., cat. 495, p. 431.
5. Modèle en plâtre par Ary Scheffer et d’après Marie d’Orléans conservé au Dordrechts Museum et exécution en marbre par Henri de Triqueti conservée à Notre-Dame-de-la-Compassion, Paris. Voir Anne Dion-Tenenbaum (dir.), Marie d’Orléans, 1813-1839, princesse et artiste romantique, Paris, musée du Louvre, Somogy, 2008, p. 75.

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