Issu d’une famille ouvrière, Fred Deux vit avec sa famille dans la cave d’un immeuble bourgeois. Il travaille en usine jusqu’en 1943, année où il entre dans la Résistance. À partir de 1948, il est employé à la librairie Clary à Marseille et il découvre les textes d’André Breton. Il commence alors, avec de la peinture laque pour bicyclette, à réaliser ses premières taches sur papier. Sous l’influence majeure de Paul Klee, il élabore une œuvre picturale aux thèmes fantasmagoriques et organiques. Il crée le groupe des surréalistes de Marseille, fait la connaissance d’André Breton et fréquente les cercles parisiens, dont il s’écarte en 1954. Un travail d’écriture accompagne dans une voix parallèle ses créations plastiques. Il publie en 1958, sous le pseudonyme de Jean Douassot, La Gana, écrit largement autobiographique, « autobiographie lardée de rêves », précise Maurice Nadeau, son éditeur. Un texte, dit-il, « aux antipodes du réalisme ». L’écriture se voit assigner une fonction qui sera aussi celle du dessin : violenter le réel, cette « tombe » de l’enfance. Y faire rentrer la chimère et le rêve comme autant de moyens de desceller les briques du mur de la cave. Il expérimente dans les années 1960 le dessin en noir – crayon, encre de Chine ou mine de plomb – sur fond aquarellé, et prend des notes en marge des dessins afin de produire une parole simultanée à l’œuvre graphique. La forme la plus achevée de cette ambidextrie est sans doute les livres uniques qu’il réalise dans les décennies suivantes (La Malemort, La Matrice, La Règle). Dans les années 1990, Fred Deux revient à la couleur, soit en réalisant de larges taches colorées qu’il retravaille à l’encre de Chine ou au crayon, soit en tissant un fil coloré au crayon qui insuffle à la forme un nouveau tissu sanguin. Fred Deux dessine des chimères comme s’il les avait photographiées. Il en connaît non seulement la forme extérieure, mais les méandres internes, les pores et les artères, les racines et les méninges. Dans cette précise hallucination, le végétal s’hybride avec l’animal, l’humain avec le minéral et le quotidien avec le mythologique. Les âges et les règnes sont abolis dans une refonte du temps et de la nature. Une imagerie du double, entre sexe et insecte, où Arachné règne.

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