Après une jeunesse dans sa Bresse natale auprès d’un père chapelier et d’une mère directrice de pensionnat, Chintreuil se rend à Paris en 1838 pour y devenir artiste. Employé chez un libraire, il y fait la connaissance de Jules Husson, jeune écrivain d’art bientôt connu sous le nom de Champfleury, avec lequel il noue une solide amitié. C’est dans le milieu artistique et cultivé que ce dernier lui présente que Chintreuil va trouver ses plus fidèles soutiens. Vers 1840 il fait une rencontre décisive en la personne de Corot, qui prend en main sa formation. Si l’élève assimile sa technique au cours de leçons sur le motif dans les environs de Paris, sa sensibilité le porte plus particulièrement à rendre les moments transitoires du jour et les transformations de l’air et de la lumière au gré des contingences météorologiques : ces phénomènes lui composent un répertoire poétique très sophistiqué en dépit de la banalité des lieux dans lesquels il les observe. Après plusieurs vaines candidatures, Chintreuil fait ses débuts au Salon en 1847. Si sa vision de la nature ne laisse personne indifférent, elle ne reçoit pas toujours l’agrément du jury et ne connaîtra de reconnaissance pleine et entière qu’à la fin des années 1860. Trop réservé et préoccupé de son art pour assurer la vente de ses tableaux, il les fait placer par des amis bienveillants, tels Béranger, Champfleury ou Dumas fils. Pour Frédéric Henriet, il est le « saint Jérôme du paysage », de ceux qui aiment la nature « jusqu’au renoncement, jusqu’à la pneumonie et les rhumatismes ! ». De fait, ses trop longues séances en plein air par tous les temps ont aggravé sa phtisie et entraîné sa mort prématurée1.
 

La captation de l’atmosphère et de la lumière propres aux différents moments du jour nécessitant le recours à la couleur, Chintreuil a peint beaucoup plus qu’il n’a dessiné, comme en témoigne la profusion de ses études à l’huile sur papier ou sur toile. Sa prédilection pour les paysages étirés en largeur, dont notre étude de paysage offre un nouvel exemple, démontre son sens extraordinairement pénétrant de la spatialité. Depuis la vaste étendue plane d’un champ moissonné, le peintre figure une propriété encerclé d’un mur d’où dépassent hauts toits de chaume et frondaisons. Une haie ponctuée d’arbres les prolonge à gauche, tandis qu’une colline boisée ferme l’horizon sur toute la largeur. Dans le cadre étroit de sa feuille Chintreuil déploie avec une grande économie de touches un vaste panorama auquel de petits repères donnent sa profondeur – une figure de dos tenant un bâton, une meule, des poteaux – tandis que la disproportion entre ces objets et le volume des toitures crée l’ampleur spatiale. (M.K.)

 

 

 

1. Sur l’artiste voir Brumes et rosées. Paysages d’Antoine Chintreuil, 1814-1873, cat. exp. Bourg-en-Bresse, musée de Brou ; Pont-de-Vaux, musée Chintreuil, Paris, RMN, 2002.

Réduire

Lire la suite

Fiche de l'artiste

Autres oeuvres

Imprimer


Autres oeuvres de cet artiste