Fils d’un artisan lyonnais d’ascendance milanaise – Appian est la forme francisée d’Appiani –, Pierre Barthélemy suit la voie tracée par la tradition artistique locale. Encouragé par son père à faire carrière de dessinandier pour la Fabrique, il entre à l’École des beaux-arts en 1833 et suit les classes du paysagiste Grobon et du peintre de fleurs Thierriat trois années durant. Il entre au service d’un soyeux de Saint-Étienne au sortir de l’école et ouvre deux ans plus tard son propre cabinet de dessinateur de soierie à Lyon. Il n’abandonne pas la pratique de l’art pour autant et perfectionne son imitation de la nature au cours de voyages à travers la France, se débarrassant de son apprentissage académique au moyen du fusain, technique qu’il prise autant que la peinture et qui contribuera à sa renommée. Mais il lui faut de nombreuses années pour assumer pleinement son ambition de peintre. S’il commence à exposer au Salon de Lyon en 1847 (Vue prise aux environs de Marseille), la fréquentation et les encouragements de Corot et de Daubigny, qu’il rencontre à Crémieu en 1852, marquent incontestablement une date capitale dans son évolution. Après Ravier, ces deux maîtres lui ont montré tous les possibles qui s’offrent à l’élève de la nature. Les critiques ne s’y trompent pas, qui repèrent à partir de 1854 une liberté nouvelle dans sa manière: « M. Appian s’est fait d’abord remarquer par de fort beaux dessins au fusain ; depuis deux ans il nous donne des peintures d’une originalité véritable. Il y a dans la végétation, dans les eaux, dans la lumière de ses paysages, quelque chose de si réel, que l’on croit vivre dans leur atmosphère1. » Il mobilise dès lors tous les moyens de son époque pour se promouvoir : le Salon de Paris, les expositions des Amis des Arts de province, la diffusion de son oeuvre par la gravure, qu’il pratique assidûment depuis 1853 et qui contribuera à sa notoriété européenne. Ses progrès sont récompensés par des achats de l’État à partir de 1859, puis par ceux de Napoléon III et de la princesse Mathilde au Salon de 1866. Il compte à la fin de sa longue carrière quatorze médailles d’or, vingt et une d’argent ; il reçoit la Légion d’honneur et est collectionné dans toute l’Europe.
 

En 1867, après un voyage à Paris pour le début de l’Exposition universelle, Appian fait plusieurs séjours dans l’Ain, à Rix et à Rossillon, deux lieux qu’il affectionne particulièrement et où il reviendra souvent. La critique est frappée par la recherche chromatique qu’il développe dans ses paysages de la région : « M. Appian s’inquiète de la couleur ; il exagère un peu l’intensité de certains tons verts ; dans cette âpre recherche de l’énergie, la grâce peut fuir », observe Paul Mantz2, suivi en cela par le critique lyonnais à l’exposition de la Société des Amis des Arts de Lyon : « Pourquoi, de parti pris, M. Appian veut-il nous
servir sur certains points un vert aussi vif, aussi diamanté ? Je ne dis pas que la nature ne nous offre pas souvent des effets analogues ; mais le peintre ne doitil pas corriger la nature, fuir quelquefois les chants des syrènes?3 » Écluse dans un sous-bois est un échantillon de cette manière luxuriante: le vert éclabousse l’écrin végétal au moment où le soleil pénètre un peu plus sa voûte. Le caractère vivant de la nature est magnifié par la touche fluide du pinceau qui dispense la matière transparente avec une grande légèreté. Le mode de composition et le sentiment de sérénité qui se dégage de ce morceau dénotent toujours l’empreinte de Corot. L’horizontalité du format, souligné par les droites du plan d’eau et de l’écluse, la manière de placer la figure de l’enfant, et l’accent de lumière sur les montants de l’ouvrage rappellent des procédés que le maître affectionne. (M.K.)

 

 

 

 

1. Anonyme, « Exposition de la société des Amis des Arts. 1853-1854 », Revue du Lyonnais, série 2, n° 8, 1854, p. 84.
2. Paul Mantz, « Salon de 1867 », Gazette des Beaux-Arts, p. 540, cité par Pierre Miquel, Le Paysage français au XIXe siècle, Maurs-la-Jolie, éd. Martinelle, 1985, IV, p. 22.
3. Jacob de la Cottière, Mémorial de la Loire, 16 mars, cité par Pierre Miquel, idem.

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