• ill. 1. Salvador Dalí, Nature morte, 1922. Crayon, encre et gouache sur papier, 15,5 x 13 cm. Figueras, Fondation Gala et Salvador Dalí.

Les oeuvres de Salvador Dalí antérieures à 1927, date qui marque son entrée dans le surréalisme, sont extrêmement rares. Quelques peintures et dessins de la fin des années 1910 subsistent, principalement des paysages des environs de Cadaqués d’influence impressionniste, puis des portraits et autoportraits exécutés avec des factures très disparates marquant le début de la décennie suivante, en s’inspirant alternativement de réalisations expressionnistes, objectivistes, ou cubistes. Dalí tâtonne. Expérimente. Il emprunte plusieurs pistes parallèles et laisse, par exemple, un surprenant Autoportrait au cou raphaélesque (daté de 1921-1922) en citant clairement le célèbre Autoportrait de 1506 du maître d’Urbino (Offices, Florence). Dalí sera d’ailleurs renvoyé, quelques mois plus tard, de l’Institut San Fernando de Madrid (l’école des Beaux-Arts) pour s’être rebellé à plusieurs reprises et avoir presque insulté les jurés lors d’un examen portant sur Raphaël, en leur déclarant : « Vous êtes incapables de juger de mes connaissances sur Raphaël ! J’en sais infiniment plus que vous ! » Dalí est un provocateur d’une extrême timidité, d’une grande sensibilité.

Au début des années 1920, dans un lieu madrilène presque unique au monde, expérimental et moderne, la « Résidence d’étudiants », il rencontre et noue une intense amitié avec deux personnalités singulières qui marqueront fortement l’avant-garde cinématographique pour le premier, Luis Buñuel, poétique et théâtrale pour le second, Federico García Lorca. Les trois hommes s’unissent, se heurtent, se retrouvent, leurs relations sont souvent complexes, mais il émanera de cette période fertile des collaborations capitales sur le plan esthétique. Dalí est le plus jeune de la bande ; il a tout juste dix-sept ans et débarque de Figueras, lorsqu’en 1922 il commence à beaucoup dessiner et à peindre tout en découvrant la complexité de l’amour et les plaisirs charnels. Il s’informe très certainement de l’actualité artistique européenne la plus fraîche en lisant la revue Ultra qui paraît entre 1920 et 1922, associant poésie, critique et art, et qui sera sous-titrée après quelques numéros « revue internationale d’avant-garde ».

Notre Composition cubiste, une découverte datée de 1921, compte parmi les témoignages les plus précoces d’oeuvres influencées par le mouvement initié par Picasso et Braque1. Dalí y met en place un personnage debout, en mouvement, dans une composition synthétique principalement campée par le travail au pastel rouge foncé et animée par des essais de chromatisme dans la partie centrale. Dans son esprit, par son dessin, il est très proche de la Nature morte braquienne de 1922 conservée à la Fondation Dalí. Les autres oeuvres cubistes qui sont sensiblement des mêmes dates sont très différentes plastiquement : l’Autoportrait cubiste de 1923 est d’une esthétique plus rayonniste, tandis que les quelques natures mortes des années 1923 et 1924 sont très proches des compositions linéaires aux formes aplaties d’Amédée Ozenfant. Notre dessin est par conséquent une pièce très rare qui documente une période cruciale de la trajectoire de l’artiste catalan durant laquelle il mène des expériences, assimile des formes avant-gardistes, avant de resserrer son champ d’investigation sur une facture hyperréaliste au seuil du surréalisme, vers 1927-1928. (G.P.)

 

 

 

 

1. À propos de cette période de jeunesse, rarement présentée dans les ouvrages consacrés à Salvador Dalí, il convient de se reporter au catalogue de la Reina Sofia intitulé Dalí joven (1918-1930), publié en 1994.

 

 

 

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