L’importante rétrospective que le musée Fabre de Montpellier a consacrée à l’oeuvre de Vincent Bioulès durant l’été 2019, Chemins de traverse, fut particulièrement stimulante, mettant à la fois en scène la cohérence de sa trajectoire artistique et une diversité d’engagements formel et esthétique. La structure de l’exposition permit de mettre en évidence des moments de bifurcations, des périodes charnières, un déroulé discontinu, ainsi qu’un cheminement à travers le temps plus complexe que la lecture binaire, simplificatrice, entre le moment Supports/Surfaces et la période figurative.

À partir du milieu des années 1960, Vincent Bioulès regarde les artistes américains et subit l’influence de ceux qui sont installés à Paris : il découvre par exemple James Bishop à la galerie Lucien Durand. Il fréquente également assidument la galerie Jean Fournier qui présente les travaux de Sam Francis et de Joan Mitchell. À l’occasion de la Biennale de Venise de 1966, Bioulès est particulièrement impressionné par les peintures d’Ellsworth Kelly et de Helen Frankenthaler qui renforcent son inté­rêt pour le mouvement color field. Il commence à peindre avec de la laque glycérophtalique, une peinture industrielle qui, une fois diluée, provoque des effets visuels proches de l’aquarelle. Cette période d’intense expérimentation, au contact de différentes tendances de l’abstraction d’après-guerre, le conduit à rejoindre le groupe Supports/ Surfaces – il est l’inventeur du nom en 1970 –, à pousser encore plus loin la radicalité de son geste artistique (monochromie, rythmes colorés, tra­vaux in situ ou en extérieur…) et à déconstruire, comme d’autres du groupe, Deleuze, Viallat ou Nolla, le rapport aux éléments fondamentaux de la peinture (châssis, toile, sens de lecture…). La première exposition, historique, du groupe se déroule à l’automne 1970 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Bioulès y présente un grand polyptyque bleu et blanc où chaque partie est séparée par des zips, en réserve, qui rappellent la pratique de Barnett Newman. En 1971, Bioulès évoque dans un texte sa conception de la couleur, autonome et libérée : ainsi la couleur ne se montre­rait plus en qualité de vêtement d’une forme mais, délivrée de son rôle de « doublure », de couverture d’un autre projet, pourrait être découverte en tant que réalité indépendante. » Le groupe Supports/ Surfaces est très rapidement bouleversé par des conflits idéologiques, politiques et par des enjeux de pouvoir : la revue Peinture, cahiers théoriques, dont Bioulès est un temps secrétaire de rédaction, joue un rôle dans ces débats ; mais dès avril 1972, il met un terme à sa collaboration à la revue et prend ses distances avec les positions tranchées de Supports/Surfaces. En parallèle des composi­tions abstraites qu’il continue à peindre dans les premières années de la décennie 1970, Bioulès renoue avec la peinture de paysage dans un esprit coloriste héritier des Fauves.

Notre Composition abstraite compte parmi les rares peintures de transition encore en circulation sur le marché : sa structure générale témoigne de l’hé­ritage Supports/Surfaces – une superposition de bandes colorées et d’aplats monochromes –, mais le processus d’application de la matière reste lisible, ce qui provoque une vibration et une nouvelle sensibilité. Cette toile exécutée à la laque glycéro­phtalique extrêmement diluée est contemporaine de plusieurs autres tableaux fenêtres qui ouvrent progressivement le champ purement pictural à des esquisses de vedute. (G.P.)

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