• Ill. 1 : Théodore Géricault, Cheval écorché, vers 1812-1814, cire originale, 23,5 x 24 x 12 cm, Washington, National Gallery of Art.

    Ill. 2 : Théodore Géricautl, Deux études de cheval écorché, vers 1812-1814, plume et encre brune, lavis brun, 28,6 x 21,4 cm.

    Ill. 3 : Giuseppe Valadier, Cheval écorché, bronze, 90,5 x 87,5 x 30,5 cm.

C’est l’un des faits les plus notables de la vie de Géricault : la pratique de l’art est chez lui indissociable de la passion du cheval, aussi loin qu’on puisse remonter dans les souvenirs de sa vie. Dès son plus jeune âge, alors qu’il a peu de dispositions pour les études classiques, son insatiable goût du dessin prend le cheval pour objet : la boutique du maréchal-ferrant sise en face de la demeure familiale à Rouen est son terrain d’étude favori. Les anecdotes relatives à ce qui apparaît comme une véritable obsession sont nombreuses : admirer et courir enfant après les luxueux équipages, assister aux spectacles équestres du cirque Franconi, « chevaucher à travers la campagne, montant de préférence des chevaux entiers, et choisissant toujours le plus fougueux1 ». Cette passion explique le choix de son premier maître, Carle Vernet, chez qui il étudie de l’automne 1808 au début de 1810, date de son entrée dans l’atelier plus ambitieux de Pierre Guérin. Dès lors formé à toutes les parties de l’art qui doivent lui permettre de devenir un peintre d’histoire, et en premier lieu à l’étude de la figure humaine, il n’en fait pas moins du cheval un motif majeur de ses premiers envois au Salon, Le Portrait de M. D. [Dieudonné] de 1812, et le Cuirassier blessé
quittant le feu
de 1814.

Le Cheval écorché qu’il modèle à la cire au cours de cette période (ill. 1) est une preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que l’animal reste un objet d’étude privilégié, et que Géricault ne se satisfait pas du dessin et de la peinture pour l’appréhender. Si les historiens ont toujours pris avec réserve l’affirmation de Charles Clément selon laquelle l’artiste l’aurait exécuté dans sa jeunesse2, faute de source, un dessin récemment acquis par le musée du Louvre (ill. 2) est venu la confirmer, puisqu’il figure deux études de sa sculpture au revers d’une copie de la Diane chasseresse antique, ce sujet et le graphisme de la feuille indiquant bien une date précoce. La datation avancée par Clément se fondait aussi sans doute sur la nature académique du modèle écorché, c’est-à-dire son utilité pédagogique, correspondant bien à la préoccupation de l’artiste d’assimiler les bases de son métier, techniques autant qu’historiques. Son Cheval est en effet la réinterprétation d’un modèle de la Renaissance, le Cheval Mattei (Florence, Palazzo Vecchio), acquis par le cardinal Fesch sous l’Empire et auquel Géricault a pu avoir accès avant ou au moment de sa vente à Paris le 17 juin 1816 (hypothèse qui reculerait certes la date d’exécution de sa cire), ou bien par la reproduction en bronze qu’en fit à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle Giuseppe Valadier (ill. 3). Mais si Géricault en reprend la posture, il en épaissit le canon et anime son volume par un modelé apparent. Dans les exemplaires en plâtre qui en ont été tirés, la position de la queue a d’ailleurs été modifiée pour imprimer un élan à l’animal.

Cette version moderne du modèle classique a particulièrement séduit les artistes contemporains qui en ont acquis des plâtres3 : on en retrouve dans les ateliers de Paul Huet (provenant probablement de Delacroix ; collection particulière), d’Antoine Montfort (Paris, musée du Louvre), de Léon Cogniet4 (Orléans, musée des Beaux-Arts), de Carpeaux et de Van Gogh, seuls les trois premiers étant localisés. À ces exemplaires vient s’ajouter le nôtre, provenant d’un politicien et mécène illustre, Édouard René de Laboulaye (1811-1883), connu notamment pour avoir accompagné Bartolini dans le financement de la production de la Statue de la Liberté. (M.K.)

 

 

1. M. Moulin, Le Mortainais, 17 mai 1865, cité par Charles Clément, Géricault. Étude biographique et critique avec le catalogue raisonné de l’oeuvre du maître, 3e éd., Paris, Didier et Cie, 1879, p. 18.
2. « Sans pouvoir préciser la date, on sait que Géricault a modelé cette oeuvre admirable dans sa jeunesse », ibid., p. 325, n° 1.
3. Clément, ibid., p. 222 : « On connaît son cheval écorché, dont le moulage est dans tous les ateliers », et Germain Bazin,  LeThéodore Géricault. Étude critique, documents et catalogue raisonné, V : Le retour à Paris : synthèse d’expériences plastiques, Paris, Wildenstein Institute, 1992, p. 18-19, 132-133.
4. Non inventorié par Clément.

Réduire

Lire la suite

Fiche de l'artiste

Autres oeuvres

Imprimer


Autres oeuvres de cet artiste

Ces livres peuvent également vous intéresser