• ill. 1. Claude Bonnefond, Autoportrait à seize ans, 1812. Huile sur toile, 64 x 55 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts.

Claude Bonnefond est connu pour ses scènes de genre ethnographiques inspirées du petit peuple italien, dans la mouvance de Léopold Robert. Sa production est trop réduite et le genre dans lequel il s’est illustré trop secondaire, au regard de la hiérarchie académique, pour que son nom évoque celui d’un chef d’école. C’est pourtant ainsi que ses compatriotes considérèrent de son vivant celui qui dirigea l’École des beaux-arts de Lyon trente années durant.

La formation de ce fils de boulanger auprès de Révoil est très tôt couronnée de succès : prix de la classe de figure en 1809, Laurier d’Or en 1813. Ses premiers tableaux exposés au Salon sont achetés par le duc de Berry (Chambre à coucher des petits savoyards en 1817, Vieillard aveugle conduit par sa petite-fille en 1819, collection particulière). Aux yeux de la critique parisienne toutefois, ceux-ci encourent le blâme d’une manière trop minutieuse, qui pèse d’ailleurs sur toute l’école lyonnaise. Les six mois qu’il passe dans l’atelier de Guérin en 1822 avaient sans doute pour but de corriger ce défaut, mais c’est surtout son séjour à Rome, de 1825 à 1830, qui va agrandir sa manière. Aussi la place que Bonnefond s’est faite dans l’histoire se résume-t-elle à ces cinq années au cours desquelles le folklore local des brigands, pifferari, pélerins et autres diseuses de bonne aventure, mobilise ses pinceaux. Lorsqu’il est rappelé à Lyon pour succéder à Révoil aux fonctions de directeur de l’École des beaux-arts, il a trente-cinq ans, mais il abandonne déjà sa pratique picturale pour se consacrer à l’administration de l’établissement et au perfectionnement de son enseignement.

Les deux autoportraits de jeunesse de Claude Bonnefond sont des professions de foi aussi précoces que saisissantes. Il a seize ans lorsqu’il peint celui du musée des Beaux-Arts, daté de 1812 (ill. 1) et, par comparaison, celui en saint Jean-Baptiste ne semble pas lui être de beaucoup postérieur. Le hiatus qu’ils manifestent entre la grande maîtrise technique, l’audace de la référence (le modèle rembranesque à la cuirasse), la revendication précoce du métier, en somme, et la juvénilité du modèle est frappant. La connaissance de l’art italien s’y exprime de manière tout empirique à travers le travestissement, emprunté au cabinet médiéval et renaissant que Révoil a voulu attenant à son atelier : la cuirasse au décor maniériste de Giovanni Paolo Negroli (ca. 1513-1569) lui appartient (aujourd’hui au Louvre), tandis qu’on imagine, derrière l’image de saint Jean-Baptiste enfant, un modèle dérivé – bronze ou plâtre – d’un artiste florentin tel Desiderio da Settignano. (M.K.)

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