Mort à l’âge de trente-quatre ans, Durupt a bien rempli sa courte carrière. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, cet élève de Gros a délaissé le cursus académique pour profiter de la libéralisation du Salon favorisée par le comte de Forbin, directeur des musées royaux, et ainsi faire carrière sans jamais concourir au prix de Rome. Réguliers et abondants, ses envois au Salon, où il expose dès 1827, exploitent la veine du genre historique en s’inspirant presque exclusivement de l’histoire de France. La Mort de Pierre-le-Cruel (non localisé), Henri III poussant du pied le cadavre du duc de Guise (Blois, château, musée des Beaux-Arts), Abélard et Héloïse (non localisé, réplique réduite à la galerie Descours), sont parmi ses tableaux les plus remarqués. Durupt obtient une médaille de troisième classe au Salon de 1836 et de deuxième l’année suivante ; il reçoit des commandes officielles et pratique le portrait de manière courante. Mais hormis les rares tableaux de lui aujourd’hui conservés, l’ignorance dans laquelle nous sommes de sa vie fait de son autoportrait un document biographique capital.

Se tenant assis dans un intérieur qui, malgré la rusticité de la chaise, se veut cossu (rideau chatoyant, lourd cadre doré), l’artiste fait mine d’interrompre son travail pour se tourner vers le spectateur – posture de convention comme l’indique le cadre dont la peinture est déjà parée. L’objet de son attention est le portrait d’une jeune femme, coiffée et vêtue à la dernière mode, auquel il porte la dernière main. L’intimité entre le peintre et son modèle s’exprime par l’alignement de leur regard et par le foulard noir que chacun porte autour du cou, accessoire de mode moins incongru pour lui que pour elle, et qui prend une valeur symbolique dans ce partage : à l’évidence Durupt porte le deuil de celle qui, à en juger par son âge et par l’embellissement doré qu’il lui a donné, était probablement une fiancée ou une épouse.


La représentation n’en est pas mélancolique pour autant ; la blouse ivoire ornée de broderie, l’indienne nouée autour de la taille, le foulard débordant de la poche, le bonnet rouge, composent la tenue de travail la plus raffinée qui soit. Loin d’adopter la couleur du deuil, le peintre semble au contraire vouloir revendiquer, par l’arrangement chromatique des ornements textiles, des qualités de coloriste que les critiques lui contestent d’abord, comme Jal en 1831 : « [L’Odalisque] de M. Durupt veut être absolument fille d’un coloriste. Elle sort de son naturel ; elle a beau faire, elle ne sera que brillante et coquette1 », ou en 1833 : « M. Durupt n’est pas coloriste, lui ; il sait assez bien arranger un tableau anecdotique2. » Quoi qu’il en soit, les qualités du portraitiste, dont atteste sa propre effigie, éclairent le succès de l’artiste dans ce genre à partir de 1833. (M.K.)

 

 

 

 

1. Augustin Jal, Salon de 1831. Ébauches critiques, Paris, 1831, p. 122-123.
2. Augustin Jal, Salon de 1833. Les Causeries du Louvre, Paris, 1833, p. 390.

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