• ill. 1. Charles Normand d’après Louis Lafitte, Tableau général de la Révolution française, terminée par celui de la paix, 1802. Gravure. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes.

    ill. 2. Allégorie du rétablissement du commerce avec l’Angleterre, 1802. Plume et encre noire, lavis gris, 24 x 46,5 cm. Amiens, Musée de Picardie.

Après une première formation auprès du graveur Demarteau, Lafitte entre dans l’atelier de Jean-Baptiste Regnault qui le conduit jusqu’au prix de Rome. Lauréat du concours de 1791, il appartient à la dernière promotion de pensionnaires nommés par le roi et vit, avec ses compagnons d’études Girodet, Mérimée et Péquignot, entre autres, les dernières heures de l’Académie de France de l’ère monarchique. Réfugié à Florence à la suite du sac du palais Mancini au cours de l’émeute anti-française de janvier 1793, il y occupe une charge de professeur à l’académie locale jusqu’en 1795, date de son retour en France. Le déficit de la clientèle et la rude concurrence dans le champ de la peinture d’histoire sous le Directoire découragent ses ambitions dans ce genre. Tandis qu’il met ses talents de dessinateur au service des arts décoratifs et de la gravure, la fécondité de son invention et son aisance dans le langage de l’ornement fondent sa réputation de donneur de modèles (porcelaines de Sèvres, papiers peints, architectures éphémères, médailles). Le parcours officiel et la production contractuelle de Lafitte laissent l’image d’un artiste opportuniste. Cherchant la réussite plutôt que la gloire, il se met à la disposition de tous les régimes qui se succèdent de l’an II à Charles X. Son aisance dans le langage allégorique et son sens du programme en font un allié précieux du pouvoir, quel qu’il fût. Nommé Dessinateur du Cabinet du Roi en 1815, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1823.

Son nom circule d’abord avec les allégories des mois républicains diffusées par la gravure sous le Directoire. Il entre assez tôt dans le cercle des serviteurs de Bonaparte, lorsque Charles Percier l’associe à la décoration du château de Malmaison, demeure privée du couple consulaire. Il sera dès lors régulièrement employé par le régime pour en célébrer les victoires et bienfaits. Le dessin toutefois lui réussit mieux que la peinture, comme en témoigne son tableau le plus important de cette période, L’Établissement de la République cisalpine, à Milan, le 9 juillet 1797, commandé en 1809 par le Sénat (huile sur toile, 334 x 252 cm, Île d’Aix, Musée napoléonien), dans lequel il n’a pas su instaurer la grandeur solennelle de l’événement dans les limites d’un format contraignant. Destiné à la gravure, le Tableau général de la Révolution française, terminée par celui de la paix (ill. 1), allégorie historique d’une grande étendue, aux articulations complexes tant sur le plan de la composition que sur celui du développement spatial, enchaînant de nombreuses séquences narratives, démontre pourtant ses compétences pour le grand genre. Nombre de ses compositions allégoriques sont destinées à des décors éphémères, tels les bas-reliefs en trompe-l’oeil exécutés pour décorer l’arc de triomphe en charpente et toile élevé place de l’Étoile sur les plans de Chalgrin à l’occasion de l’entrée de Marie-Louise à Paris le 2 avril 18101.


Inédite, l’Allégorie de la création du royaume d’Italie procède de la même invention et se situe, sur le plan formel, entre le Tableau général de la Révolution française, par l’instauration d’une perspective, et les compositions en frise destinées à l’ornement d’édifices publics ou éphémères, telle l’Allégorie du rétablissement du commerce avec l’Angleterre (ill. 2). Non signée, cette grande page inachevée présente à la fois le répertoire iconographique habituel de l’artiste et toutes les caractéristiques de sa manière linéaire – canon idéal et solidement charpenté des figures, physionomies aux yeux en amande caractérisés par le contour appuyé des paupières, les coiffures féminines travaillées, autant de détails qui se retrouvent, par exemple, mais sans la perfection de l’achèvement, dans le dessin amiénois. La proclamation de l’Empire le 18 mai 1804 a conduit Napoléon à transformer la République italienne en royaume d’Italie, et, à défaut de trouver un frère qui acceptât d’en assumer la couronne, à s’en nommer lui-même le roi. Le trône lui fut solennellement offert par une délégation italienne conduite par Francesco Melzi, vice-président de la République italienne, le 17 mars 1805, et le couronnement eut lieu en la cathédrale de Milan, capitale du royaume, le 26 mai. L’allégorie que Lafitte propose de cet événement est placée sous le signe de la pacification du monde: les génies de la France et de l’Italie se tiennent sous la protection de l’aigle impériale et brandissent les cathédrales de Paris et de Milan à bout de bras au-dessus d’un autel de la Paix. L’Empereur est couronné par Minerve et la Victoire. Se tenant à ses côtés, le putto tenant une branche de chêne et domptant le lion auquel il a retiré le mors est une image de la force et des passions maîtrisées par la raison. (M.K.)

 

 

 

1. Jacques Vilain, « À propos de quelques dessins de la période néo-classique », dans La donation Suzanne et Henri Baderou au musée de Rouen. Peintures et dessins de l’école française. Étude de la revue du Louvre et des musées de France, 1, Paris, 1980, p. 116-118.

 

 

 

 

1. Jacques Vilain, « À propos de quelques dessins de la période néo-classique », dans La donation Suzanne et Henri Baderou au musée de Rouen. Peintures et dessins de l’école française. Étude de la revue du Louvre et des musées de France, 1, Paris, 1980, p. 116-118.

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