« Quand Bellmer, fuyant l’Allemagne nazie, s’installe à Paris, en 1938, il est connu et admiré (par Éluard notamment) pour ses troublantes Poupées. Mais c’est l’oeuvre dessiné qui mettra ensuite dans une juste lumière ces jeux qui, sans cela, pourraient apparaître ceux d’un maniaque plutôt que d’un créateur de formes, leur donnant l’ampleur et la pureté de l’imaginaire. Dessins magistraux, d’une finesse, d’une sûreté incomparables, où se retrouvent la main de l’ancien dessinateur industriel et l’œil de l’admirateur d’Altdorfer, de Dürer. Chaque fois un corps féminin s’ouvre, se démultiplie comme une fleur effeuillée d’une main cruelle, se noue et se convulse comme fuyant ou appelant une torturante jouissance ; ou bien c’est un couple soudé sur la roue de son étreinte, transformé en une créature androgyne, divinité mythique sur laquelle se lisent – comme en une sorte d’anagramme – toutes les métamorphoses du désir. Bellmer illustrera (1965) Madame Edwarda, de Bataille : l’érotisme de l’écrivain et celui de l’artiste partagent la même fièvre et la même gravité. »

 

Gaëtan Picon, "Journal du surréalisme, Skira", 1976, p. 167.

 

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