• ill. 1. Balthus, La Chambre, 1952-1954. Huile sur toile, 270,5 x 335 cm. Collection particulière.

Né à Paris, dans une famille d’origine polonaise rapidement contrainte de se réfugier en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, Balthus passe son enfance à Genève en compagnie de son frère Pierre Klossowski. Tout juste âgé de douze ans, il publie son premier livre de dessins, intitulé Mitsou, mettant en scène l’histoire d’un chat, animal particulièrement important et récurrent dans l’oeuvre de Balthus. La préface de cette édition précoce est signée du poète Rainer Maria Rilke. Après s’être installé quelque temps à Paris, où il réalise de nombreuses copies au Louvre, Balthus voyage en Italie pour étudier les fresques de la Renaissance, de Masaccio et de Piero della Francesca, modèles qui auront durablement une influence sur la morphologie de ses personnages et la palette de ses grandes compositions. Dans les années 1930, il se fait remarquer pour ses mises en scène énigmatiques de jeunes filles dans des intérieurs tamisés, mais collabore également à plusieurs avec des metteurs en scène en réalisant des décors de théâtre et illustre à la plume et à l’encre de Chine Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë qui ont été reproduits dans le n° 5 de la revue Minotaure (1935). Le galeriste Pierre Loeb introduit le peintre auprès du groupe surréaliste, mais il entretiendra finalement peu de relations avec André Breton. Pierre Matisse lui consacre plusieurs expositions dans sa galerie newyorkaise à la fin des années 1930. Pendant la guerre, Balthus séjourne quelques mois en Savoie, puis à Fribourg et à Cologny près de Genève, où il partage les discussions entre artistes, intellectuels, et écrivains réunis autour de l’éditeur Albert Skira et du journal Labyrinthe pour lequel il assure parfois des choix iconographiques et de mise en pages. C’est enfin en Suisse qu’il achève Les Beaux Jours (1944-1946).
 

Notre dessin est une étude synthétique pour l’une des oeuvres majeures de Balthus du début des années 1950, La Chambre (ill. 1), exécutée entre 1952 et 1954 sans doute intégralement à Paris, peu avant son installation au château de Chassy dans la Nièvre. Cette oeuvre, que l’artiste avait un temps pensé intituler « Bonaparte découvrant les plaines fertiles d’Italie », reprend un schéma de composition déjà observé dans des oeuvres antérieures (Les Beaux Jours, 1944-1946 ; La Semaine des quatre jeudis, 1948) où un corps féminin alangui est fortement éclairé par une source lumineuse provenant d’une baie située sur le côté du tableau. Le modèle féminin pourrait être Frédérique Tison, la nièce par alliance, muse et future compagne de l’artiste pendant ses années bourguignonnes. Comme dans le Nu sur une chaise longue (1950), la jeune fille endormie s’offre au regard du spectateur. La thématique de La Chambre tient dans la dialectique entre le montré et le caché, l’offert et le refusé. Le personnage situé à droite de la composition, décrit par Jean Clair comme un « gnome hermaphrodite » tient les rideaux d’une telle façon qu’on ne peut savoir s’il vient de mettre en lumière le corps exposé ou s’il souhaite le plonger dans l’obscurité. Figure récurrente dans la peinture de Balthus, souvent un indice autobiographique, le chat prend le spectateur à témoin en le fixant. Jean Clair envisage dans cette scène un « monde en suspens, monde aussi du passage de l’enfance à l’adolescence1 ». Balthus présente un intérieur très simple, austère, sans aucun effet de décoration. Le dispositif minimaliste permet de concentrer au maximum la réflexion sur la question de la visibilité. Inédit, notre dessin est l’étude la plus aboutie et complète parmi les quelques exemples relatifs à La Chambre qui pour la plupart sont des esquisses d’attitudes détaillées ou de personnages isolés. (G.P.)

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