Préhistoire et art moderne

Conférence de Rémi Labrusse

 

A l'occasion de l'exposition au Centre Georges Pompidou dont il est l'un des commissaires, Rémi Labrusse interviendra à la galerie Michel Descours le jeudi 6 juin 2019 à 19 heures
 

Galerie Michel Descours 44 rue Auguste-Comte 69002 LYON
Entrée libre - réservations recommandées : gwilherm.perthuis@galerie-descours.com

 

 

À travers cette exposition, le Centre Pompidou présente le lien qui unit la préhistoire à l'art moderne et contemporain. L’exposition montre comment dans ce grand moment de crise que l’on appelle « modernité », les artistes puis la société dans son ensemble ont subi l’attrait des « origines » et comment s’est ainsi constituée une vision fantasmée de « ce qui était avant l’Histoire ». Elle révèle que certains des plus importants artistes du 20e et du début du 21e siècle ont été hantés par la question de la « préhistoire » : Picasso, Miró mais aussi Cézanne, Klee, Giacometti, Ernst, Beuys, Klein, Dubuffet, Louise Bourgeois, Marguerite Duras, Robert Smithson, et, parmi nos contemporains, Giuseppe Penone, Miquel Barceló, Marguerite Humeau, Pierre Huyghe, Dove Allouche, etc. Parallèlement, par la présentation de nombreux documents, l’exposition montre que, pour nous, la « préhistoire » fonctionne comme une machine à remuer le temps. Les forces qui s’y exercent tirent leur fécondité de leurs contradictions mêmes : le besoin de déconstruction et le besoin de refondation ; la sortie de l’histoire et la plongée dans l’histoire ; le désir de révolution et la peur apocalyptique.

La préhistoire est une idée moderne : le mot lui-même ne se fixe qu’à partir des années 1860. La réalité « préhistorique » se construit progressivement au cours du 19e siècle, comme un bloc indissociable de faits, de réflexions et de fantasmes. On peut y distinguer trois grandes étapes :
- La prise de conscience du temps long de la vie, par l’analyse des fossiles (tournant du 18e et du 19e siècle)
- L'appréhension d’une « préhistoire » des cultures humaines, étroitement liée à l’idée d’une activité artistique (années 1860)
- La reconnaissance spécifique de l’art pariétal (tournant du 19e et du 20e siècle).

Au 20e siècle, l’impact de ce vaste corpus d’images, d’hypothèses et de spéculations est immense, autant sur l’imagination collective que sur la création individuelle. L’idée de « préhistoire » vient creuser profond dans nos imaginaires. La mise en évidence d’une terre sans hommes et d’un lent processus d’hominisation conduit à penser aussi la possible extinction de l’espèce humaine. Le passage de sociétés de chasseurs cueilleurs (le Paléolithique) à des sociétés agraires (le Néolithique) suscite des réflexions sur la prise de pouvoir de l’homme sur son environnement, menant jusqu’à l’ère industrielle. L’art « préhistorique », en particulier, ou du moins ce qu’on désigne comme tel se constitue non seulement en objet de fascination mais aussi en modèle concret pour des expérimentations artistiques de tous ordres.

Le parcours propose une progression chronologique, avec un préambule remontant au tournant du 19e et du 20e siècle (Redon, Cézanne), un noyau central allant des années 1930 (Picasso, Miró, Giacometti, Ernst, etc.) à la fin des années 1960 (Louise Bourgeois, Beuys, Smithson, etc.) et une dernière partie contemporaine. Au sein de cette progression, la réflexion et le regard des spectateurs sont orientés sur différents thèmes : l’épaisseur du temps, la terre sans les hommes, hommes et bêtes, gestes et outils, la caverne, néolithiques, présents historiques. L’ensemble est ponctué par la présentation d’œuvres préhistoriques iconiques du paléolithique et du néolithique : fossiles, sculptures paléolithiques majeures (dont la Vénus de Lespugue et le Mammouth de la Madeleine), pierres gravées, silex taillés ou polis, menhirs, idoles néolithiques.
Enfin, en parallèle, un fil culturel est déroulé permettant d’évoquer l’invention de la préhistoire et sa diffusion populaire (relevés de fouilles, romans « préhistoriques » comme La Guerre du feu, films culte de cette mythologie des origines comme The Lost World, 2001 l’Odyssée de l’espace, Jurassic Park…). Le projet a bénéficié du soutien exceptionnel du Musée de l’Homme (Muséum national d’histoire naturelle), du Musée des Antiquités nationales et du Musée national de la préhistoire.

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