Claudius Jacquand a été, dans le genre de la peinture d’histoire, le peintre lyonnais le plus célèbre de la période romantique. Mais il le dut à sa capacité à s’affranchir du genre anecdotique pratiqué par son maître Richard, autant qu’à un mariage qui le mit au coeur de la vie parisienne et tout près du pouvoir. Entré à l’École des beaux-arts de Lyon en 1818, ce fils d’un fabricant de peignes fit de rapides progrès sous la conduite de Grobon et de Richard. Une médaille d’argent comme peintre de figures et une première participation au Salon local en 1822 en furent les premiers résultats. Un soldat soigné par une religieuse dans un cloître, récemment acquis par le musée des Beaux-Arts de Lyon auprès de la galerie Michel Descours1, est l’un des rares exemples
connus de sa première manière, très proche de celle de Richard par la précision des contours, par l’importance accordée à l’architecture et l’attention portée à la pénombre d’un intérieur monumental baigné de lumière. Il commence à présenter ses oeuvres au Salon de Paris en 1824, dans la veine anecdotique qui lui est familière, jusqu’à ce que l’influence de l’éclectisme contemporain et l’étude des grands maîtres flamands et hollandais agrandissent progressivement sa manière. Remarqué du comte de Forbin, il est en faveur sous la monarchie de Juillet, qui lui commande sept tableaux pour le musée de Versailles, après que Louis Philippe lui eut acheté Louise Labé présentée à François Ier en 1834 (détruit au château de Saint-Cloud). La prospérité vient avec son installation à Paris en 1836. Il devient l’amant de Lydia de Pinelli, fille du comte de Forbin, qu’il épousera en 1843 ; il est fait chevalier de la Légion d’honneur, exporte sa peinture et reçoit des commandes de l’étranger, ainsi que la croix de Léopold de Belgique, en 1841. L’aisance que lui procure la vente de ses toiles lui permet de faire construire un hôtel particulier. Mais la fortune des Jacquand ne résiste ni à l’inconséquence de Lydia en matière de placement, ni à la révolution de 1848 qui fragilise la position de l’artiste; en 1851, il faut tout vendre et s’installer à Boulogne-sur-Mer, jusqu’en 1855. Jacquand doit s’adapter au nouveau marché et se recycle dans la peinture religieuse que réclament les chantiers de la capitale, ainsi que le goût bourgeois, mais il ne retrouvera jamais son prestige public.

Jacquand fut d’une prodigieuse fécondité comme le prouve la liste de ses envois au Salon. La Scène de la Ligue appartient à l’un des plus cruciaux de sa carrière, celui de 1838, où figura Gaston de Foix (Paris, musée du Louvre, don sous réserve d’usufruit), peint en émulation avec Delaroche et qui est l’un des sommets de son talent dans le registre pathétique. En plus de ce récit d’une chronique de Froissart, d’un sujet carolingien (Charlemagne couronné roi d’Italie) et d’un épisode de croisade (Enguerrand de Coucy), Jacquand exposait deux tableaux tirés des guerres de Religion. L’un emprunté à la grande histoire figurait Bassompierre annonçant à Marie de Médicis l’assassinat de Henri IV, l’autre représentait un fragment de la petite histoire : « Des ligueurs croyant entendre du bruit au bas d’un escalier, où ils se sont réfugiés pour combattre, suspendent un moment leur mousquetade.» Comme le précise une ligne supplémentaire dans le livret du Salon de Lyon de 1837, où le tableau fut d’abord présenté, le peintre cherchait à rendre le pittoresque d’une situation tragique mêlant tous les états de la société : « Hommes de robe, hommes de froc et d’épée alors prirent part à cette horrible mêlée. » (M.K.)

 

 

 

 

1. Voir la notice de Robert Blaizeau dans Varia. Peintures, dessins et sculptures, de De Coster à Hartung, galerie Michel Descours, 2015, n° 19, p. 74-77, et l’article de Didier Rykner, 10 novembre 2015, http://www.latribunedelart.com/souscriptionspontanee-pour-le-museedes-beaux-arts-de-lyona-paris-tableau.

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