Né en 1935, peintre et écrivain, Jean-Claude Silbermann rejoint le groupe surréaliste en 1958 alors qu’il expérimentait l’écriture automatique. À partir de 1962, il commence à peindre des « enseignes sournoises », des silhouettes découpées, observées sur les porteurs de menu devant les restaurants : une solution radicale pour se libérer de la question picturale cruciale du rapport entre les figures et les fonds. Ce principe permet à l’artiste de faire léviter les figures et les objets peints dans les salles d’exposition et de les intégrer à « l’espace indéfini de l’imaginaire1 ». En 1964, André Breton écrit un article sur son travail qu’il introduit dans la section « Autres afflux et approches » de la nouvelle édition du Surréalisme et la Peinture (avec les reproductions de deux enseignes). Bien qu’issu de la génération suivante, Jean-Claude Silbermann faisait partie d’un groupe d’artistes (Degottex, Duvillier, Jaouen) qui se réunissait à Argenton, dans le Finistère, autour du critique d’art Charles Estienne. Dans plusieurs textes ou à l’occasion de conférences, il a mis en évidence l’importance du rêve et de l’inconscient dans la production artistique du mouvement surréaliste, deux composantes essentielles pour aborder ses oeuvres. Il a illustré des textes de Desnos, de Lautréamont et Alice de Lewis Carroll. Le musée des Beaux-Arts de Brest et le Mamco de Genève lui ont consacré d’importantes expositions en 2007 (Un homard dans le faux pas et Le Pointillé clandestin). Le musée de Genève présentait et a récemment acquis Babil-Babylone, un projet ouvert, en évolution, qui pose le rapport art et poésie, puis explore la diversité des langages.

Pour décrire la technique mise en oeuvre dans Le Conférencier, Jean-Claude Silbermann emploie d’ailleurs une image poétique : « Mieux que la peinture, le pastel permet de dessiner et de colorier, couleur en main, presque aussi finement que les poudreuses de la nature délinéent les ailes des papillons. » Ce tableau superpose deux dessins différents : l’un, coloré, est déposé sur la mousse, l’autre, figuratif, est gravé sur le verre d’encadrement. C’est le dessin en négatif qui donne d’ailleurs son titre à l’oeuvre puisque le motif, représentant un oiseau posé sur le dos d’un renard, fait allusion à La Conférence des oiseaux du grand poète soufi persan du XIIe siècle, Farid al-Din Attar. Ce récit relate le voyage de milliers d’oiseaux partis dans une quête spirituelle où chacun symbolise un comportement ou une attitude. Le rapprochement du dessin linéaire et de la couleur abstraite permet d’interroger selon l’artiste le rapport entre la langue des oiseaux et le bruit des mots. (G.P.)

 

 

 

1. Site internet du Mamco de Genève, notice biographique, consulté le 10 octobre 2016, http://www.mamco.ch/artistes_fichiers/S/silbermann.html

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