Deux types de productions font de Gustaf Fjaestad une figure majeure de l’art suédois au tournant de 1900. Il est le créateur d’un mobilier sculpté en bois dont les formes organiques et le décor végétal sont une interprétation scandinave origi­nale de l’Art nouveau. Mais Fjaestad doit surtout sa renommée à ses peintures de paysages enneigés, un genre dont il est l’initiateur et qui va connaître une fortune internationale. Exposées en 1913 à New York, elles rencontrent un engouement extraor­dinaire et suscitent la constitution du Groupe des Sept, relais essentiel et moteur pour l’histoire de la peinture de paysage au Canada et dans le nord des États-Unis. Avant de devenir peintre, Fjaestad pratique le cyclisme et le patinage de vitesse de haut niveau, et fait partie de l’élite sportive sué­doise. Il s’illustre en particulier en devenant record­man mondial du mile anglais de patinage de vitesse (1891), et en remportant l’une des plus importantes courses scandinaves de vélo (Mästerskapsridt, 1892). Mais c’est à une carrière artistique qu’il se destine lorsqu’il intègre l’Académie des beaux-arts de Stockholm, cursus qui l’amène à fréquenter rapidement les ateliers de deux artistes majeurs de la fin du XIXe siècle : Bruno Liljefors et Carl Larsson. Il collabore d’ailleurs avec ce dernier en 1893 pour la réalisation de décors du Musée natio­nal de Stockholm. La première présentation publique de ses peintures a lieu en 1898 dans le cadre d’une exposition organisée par l’Union des artistes, tandis que sa première exposition per­sonnelle, qui mêle peintures et pièces d’artisanat, démontrant ainsi son intérêt pour les traditions folkloriques, se déroule dix ans plus tard à Stockholm. Ses œuvres sont présentées à de nom­breuses reprises en Allemagne, en Angleterre, puis en Suède, évidemment, et reçoivent un accueil enthousiaste, ce qui lui assure une grande popu­larité et une indéniable réussite économique.

Gustaf Fjaestad a très peu travaillé dans la capitale qu’il a quittée dès 1898 pour fonder un groupe d’artistes à Rackstad, près d’Arvika (région du Värmland), dans l’Ouest de la Suède. Constitué de sa femme Maja, tournée vers l’art du tex­tile, et de plusieurs artistes désireux d’établir un contact fort avec la nature, le groupe de Racken s’attache à peindre la beauté des grandes étendues et les paysages vallonnés et découpés qui fondent l’identité suédoise.

Les deux parties de l’art par lesquelles la peinture de Fjaestad captive sont le sens du cadrage et la couleur. Si son oeuvre de peintre est la déclinaison à l’infini d’un thème unique – le Värmland sous la neige –, loin de se répéter, l’artiste le renou­velle en permanence par des cadrages aux effets différents – contemplatif lorsque la vue, frontale, s’étend jusqu’au lointain ; dynamique quand le peintre place le spectateur dans la perspective d’un chemin creusé dans la neige ; subjectif lorsque, en remplissant toute la page d’un fragment de nature, le peintre en déplace le sens et s’aventure sur le terrain symbolique. Par ailleurs, toute la recherche de Fjaestad sur la couleur est tonale, consistant à explorer les harmonies des camaïeux et dégradés qu’offre la lumière répandue sur une nature boréale aux différentes heures du jour, sous différentes conditions météorologiques.

Dans Gelée blanche, des branches givrées de sapin envahissent le champ visuel de tous côtés, dissi­mulant partiellement la vue d’un arbre buisson­nant dénudé au bord d’un lac glacé, sous un ciel chargé de neige. Outre le cadrage immergeant cher à l’artiste, le tableau est un cas limite sur le plan chromatique, tant est restreinte sa palette. La sub­tilité du dégradé blanc-gris rapproche Fjaestad des recherches harmoniques de Whistler. (G.P. et M.K.)

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