• ill. 1. Jean-Jacques de Boissieu, Autoportrait, 1796. Eau-forte, 6e état. Collection particulière.

Issu de la petite noblesse lyonnaise, ce fils d’un docteur
en médecine n’était pas destiné à la carrière d’artiste, mais à la magistrature. Il n’en cultive pas moins ses dons pour le dessin auprès de maîtres locaux, avant de se rendre à Paris pour se former à la gravure, de 1762 à 1764. C’est par l’intermédiaire de Johan Georg Wille, qui le conseille et l’introduit dans ses relations, que  Boissieu rencontre son premier mécène, le jeune duc de La Rochefoucault. Comme tout aristocrate faisant le voyage initiatique du Grand Tour, celui-ci a besoin d’un artiste pour dialoguer sur les beautés de l’Italie ; Boissieu va tenir ce rôle en l’accompagnant dans la Péninsule en 1765-1766. L’artiste qui, jusqu’alors, a suivi les modèles du paysage flamand et hollandais, découvre la force des valeurs lumineuses sous le ciel italien, tandis que l’étude des maîtres anciens donne de la solidité à son trait. À son retour à Lyon, il se construit un réseau assez solide pour que sa réputation de dessinateur comme de graveur dépasse les frontières de la France et s’étende à l’Angleterre, à la Russie et à l’Allemagne.

Icône de la gravure française du XVIIIe siècle, son autoportrait à l’âge de soixante ans est connu pour ses métamorphoses. On en compte, en effet, huit états. Jusqu’au quatrième état, pointe sèche, roulette, tailles et contre-tailles approfondissent le clairobscur. Dans un cinquième état, l’artiste a remplacé sur le cuivre qu’il présente le profil de sa femme par un paysage bucolique, avant d’y substituer le dessin définitif dit « des grandes vaches » dans un paysage (ill. 1), correspondant sans doute mieux à la stratégie commerciale de l’auteur, recherché avant tout pour ses paysages rustiques.

L’image conjugue réalisme et emblématique. L’artiste se tient en buste sur un fond indéterminé, il présente au spectateur le cuivre du portrait de Mme de Boissieu – c’est le portrait de la tendresse conjugale. Sur la table qui nous sépare de lui sont disposés les instruments de l’artiste et de l’homme cultivé : couteau et porte-crayon, livre, plume dans l’encrier. Le motif majeur cependant est le buste d’un des fils du Laocoon, l’une des sculptures grecques les plus universellement connues, conservée au musée Pio-Clementino au Vatican. La plasticité du volume fait écho à celle du visage et exprime, par la comparaison de l’art et de la nature, l’aptitude du graveur à restituer les trois dimensions avec les outils de son métier. Mais le moulage prend un autre sens à la lecture de la biographie de l’artiste : en évoquant l’une des oeuvres antiques les plus chères à Winckelmann, il rappelle qu’à Rome Boissieu a connu le théoricien du beau idéal et a dialogué avec lui. Le mode de composition qu’il allait développer à son retour, consistant à articuler dans un paysage réaliste des motifs géographiquement éloignés, n’est pas sans rapport avec le principe du « beau de réunion » commenté par le philosophe allemand, faisant du dessinateur lyonnais un Zeuxis du paysage. (M.K.)

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