• ill. 1. Pierre Puvis de Chavannes, La Décollation de saint Jean-Baptiste, 1869. Huile sur toile, 124,5 x 166 cm. Birmingham, Barber Institute of Fine Arts.

Né à Lyon, Pierre Puvis de Chavannes est envoyé au lycée Henri-IV à Paris, en 1840, pour préparer son entrée à l’École polytechnique. Le projet de ses parents d’en faire un ingénieur civil tourne court avec leur mort précoce, et avec la longue maladie qui l’affecte ensuite. Le jeune homme n’a d’ailleurs pas d’idée bien définie sur son avenir jusqu’à ce qu’un premier voyage en Italie, au tournant de 1846, l’éveille à l’art. À son retour, guidé par « une envie vague de faire de la peinture », il fréquente successivement les ateliers d’Émile Signol, Henri Scheffer, Eugène Delacroix, Thomas Couture, sans se fixer chez aucun, ne suivant pas davantage les cours de l’École des beaux-arts et travaillant, de son propre aveu, en amateur. Ne reconnaissant « d’autre école que la recherche libre de [s]on goût et l’étude guidée par l’instinct », ses recherches sont néanmoins aiguillées par le décor monumental peint à la Cour des comptes par Théodore Chassériau, élève d’Ingres de cinq ans son aîné, qu’il admire. C’est dans ce genre qu’il obtient son premier succès au Salon, en 1861, avec La Paix, acquis par l’État et devenu le premier morceau du grand cycle décoratif du musée d’Amiens. L’oeuvre décline les qualités définitives du style de Puvis : peinture mate aux couleurs claires, espace dépourvu de profondeur, composition statique, canon classique des figures exemptes de modelé, autant de caractères empruntés à l’art de la fresque de la Renaissance italienne et mis au service d’un renouvellement de la tradition classique, débarrassée de toute empreinte académique.
 

Mais l’archaïsme délibéré de Puvis soulève des objections et suscite des railleries de la part des partisans du réalisme. La réception de La Décollation de saint Jean- Baptiste au Salon de 1870 (ill. 1) est exemplaire de l’incompréhension amusée des contemporains : « le public rit », rapporte un critique. Tandis que la comparaison du tableau avec la « peinture chinoise et byzantine » traduisait son décalage par rapport aux normes en vigueur, les épithètes d’« image d’Épinal » et de « grotesque vignette » plaçaient sa naïveté intentionnelle sous le signe de la maladresse1. La Décollation de saint Jean-Baptiste est pourtant l’oeuvre d’un dessinateur émérite comme le montre notre étude de la figure principale, qui s’impose par une grande maîtrise du nu. Sa comparaison avec une autre étude préparatoire permet cependant d’apprécier l’idéalisation opérée d’après le modèle vivant.
 

Un détail du dessin livre par ailleurs un secret de l’élaboration du personnage, celui des yeux isolés en haut à droite de la page : ce sont ceux d’une femme, Séraphine, qu’une annotation de l’artiste qualifie de « charmante ». La douceur d’un regard féminin lui aura semblé plus propre à rendre l’expression mélancolique du saint martyr. (M.K.)

 

 

 

1. Voir Aimée Brown Price, Pierre Puvis de Chavannes. II : A Catalogue Raisonné of the Painted Work, Yale University Press, New Haven et Londres, 2010, cat. 172, p. 153-155.

 

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