Varia 2017. Peintures, dessins et sculpture de Schongauer à Combas

 

Du 23 novembre 2017 au 3 mars 2018
Galerie Michel Descours 44 rue Auguste-Comte 69002 Lyon

 

Catalogue de 168 pages édité par la galerie Michel Descours à découvrir dès le 23 novembre.

 

La nouvelle et sixième édition des Varia est à nouveau riche en découvertes. Les contraintes du calendrier font que certaines de nos dernières acquisitions ont été présentées en avant-première à la Biennale de Paris. La première a donné son sous-titre à cette édition ; même s’il n’est pas de Schongauer lui-même, Le Portement de croix issu de son entourage est un exemple assez rare de déclinaison picturale des gravures du maître pour être mis en exergue. La Mort d’Abel de Sebastián Martinez a fait forte impression au Grand Palais, et a été élu parmi les coups de coeur de la presse spécialisée. Le tableau, il est vrai, quoique de la main d’un peintre andalous encore peu connu, est d’une originalité frappante et d’une rare intensité : jamais le sujet ne fut représenté ainsi, avec Ève pleurant Abel comme la Madeleine le Christ, tandis que le vieil Adam, interpellant le spectateur, commente la scène en apôtre. L’historique est à l’image de l’oeuvre, exceptionnel. Appartenant à la cathédrale de Séville, il en fut soustrait en 1810 par le maréchal Soult avec des tableaux de Zurbarán, Herrera et Murillo. Vivant Denon accepta le don de ces derniers par le maréchal pour le musée Napoléon, mais ne retint pas La Mort d’Abel, et celui-ci resta en possession de Soult jusqu’à sa mort. On le retrouve au siècle suivant dans la célèbre collection de peintures espagnoles du Dr Carvallo au château de Villandry. La découverte d’un nouveau Mathieu Le Nain a également été l’un des moments forts de cette année que nous avons eu plaisir à partager à la Biennale. L’évidence que ces Pélerins
d’Emmaüs
était de l’un des illustres frères s’est imposée à moi en parcourant l’exposition du Louvre-Lens, mais je n’aurais pu en avoir la certitude sans le regard enthousiaste et gourmand de Jean-Pierre Cuzin ; je l’en remercie chaleureusement. À la Biennale a également été présenté Le Sacrifice de la fille de Jephté de Thomas Blanchet, l’ajout le plus important au catalogue de cet artiste depuis la publication de sa monographie par Lucie Galactéros-de Boissier en 1991. Cette grande page baroque, pleine d’italianismes, compense un peu la disparition partielle des décors de l’Hôtel de Ville en montrant un nouvel exemple des talents de compositeur de ce grand peintre scénographe du Siècle d’or. C’est encore à Lyon que nous ramène le bozetto inédit de Saint Luc peignant la Vierge de Luca Giordano, le tableau qu’il prépare, jadis dans les collections Farnèse de Capodimonte, étant conservé au palais Saint-Pierre depuis 1911.

Deux importants tableaux du XIXe siècle étaient également présentés à Paris pour la première fois depuis leur présentation au Salon, il y a près d’un siècle et demi. La Nuit dans le port d’Alfred Bellet du Poisat et Les Amis de Job d’Alfred Henri Bramtot  sont les chefs-d’oeuvre de leurs auteurs, et, chacun dans leur veine, des tableaux de premier ordre par leur très forte charge poétique, le premier, au moyen d’une touche impressionniste d’une grande modernité, l’autre, dans une manière historique entre Gérôme et Merson.

Mais le présent catalogue réserve encore des découvertes totales. Les peintures de Giovanni Battista Castello, il Bergamasco, artiste maniériste génois qui précède de peu Luca Cambiaso, sont si rares, que de pouvoir en présenter une totalement inédite avec son autoportrait, est une de nos plus belles satisfactions. Le nom de Pianca n’est sans doute familier qu’à une poignée de connaisseurs en France, et pourtant l’artiste il se révèle d’une originalité abrupte qui en est fait un Géricault du siècle rococo. Nouveaux aussi le portrait de Caroline Scitivaux par Fabre, l’autoportrait d’Hennequin et La Famille de Janmot. Il faut s’arrêter un instant devant ce témoignage inouï de la vie d’un peintre : une fresque autobiographique en guise de décor domestique, à jamais perdue, voilà ce qu’évoque ce très grand dessin plein de sentiment et d’une exécution savoureuse. L’artiste se montre ici l’égal des grands préraphaélites ; on pense en particulier au raffinement exquis d’un Millais dans la représentation de l’enfance.

Dans l’art moderne, notre choix s’est porté vers des oeuvres inattendues, précoces : tels sont l’aquarelle de Corneille, les collages de Dubuffet et de Chaissac. Novelli  est un artiste international de l’abstraction méconnu en France, pays avec lequel il entretint pourtant des liens privilégiés. Il nous plait de présenter cette année un superbe dessin de Pierre Klossowski, après avoir proposé l’an dernier une feuille capitale de Balthus ; les deux frères partagent aussi le gène du libertinage d’une époque, qui n’est pas celle de Combas, chez qui Éros côtoie Thanatos. Mais au fait, saviez-vous que le pape de la figuration libre était lyonnais ?

Michel Descours

 

 


SELECTION D'OEUVRES PRESENTEES DANS L'EXPOSITION

 

       

 

    

 

 

 

 

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